Le Credit Suisse Group continue de payer les frais de ses erreurs au Japon où son image a pris un rude coup. Les auditions du groupe devant les tribunaux nippons se sont poursuivies au cœur de l'été, dont la septième a eu lieu jeudi. Mais, pour les investisseurs, la saga de la banque au Japon est maintenant une affaire classée.

«Ils le savent, la compagnie les a informés, ils se concentrent maintenant sur d'autres choses», souligne Cyrill Moser, responsable des ventes chez UBS Warburg à Zurich. Le secteur financier se porte bien, et les perspectives des taux d'intérêt sont réjouissantes. «Le marché s'attend encore à un léger resserrement d'ici à la fin de l'année», ajoute le responsable. Plus sévère que le consensus, UBS Warburg mise sur une contraction des taux de 50 points de base, tout en restant positif: selon les estimations de la banque, tant le secteur financier helvétique que le titre du Credit Suisse restent sous-évalués. Celui-ci a gagné près de 34% au cours des six derniers mois et a terminé la séance de vendredi en légère baisse à 382 francs.

Les mésaventures du Credit Suisse Financial Products à Tokyo (CSFP), la filiale nippone du CSFP à Londres spécialisée dans les produits dérivés, remontent maintenant à un an et demi. Plus exactement à fin janvier 1999, quand les autorités de surveillance japonaises décident de lancer un audit de ses activités. Le CSFP est alors soupçonné d'avoir pratiqué quelques années auparavant le «tobashi», une technique couramment utilisée à l'époque par de nombreux banquiers afin de maquiller les pertes financières de leurs clients, grâce à des produits dérivés. Comme la législation manquait de clarté à ce sujet, nombreux étaient ceux qui en profitaient. Le CSFP aurait donc facilement pu s'en sortir. Mais, paniqués, les employés du CSFP à Tokyo entravent l'investigation en dissimulant de précieux documents. Pénalisé par les autorités de surveillance peu après, le CSFP ferme ses portes à Tokyo en novembre de l'année dernière (lire LT du 30 juillet 1999).

Problème: la part de responsabilité du quartier général du CSFP à Londres dans cette affaire reste floue. Alors que le Credit Suisse soutient qu'elle ne concerne que quelques employés isolés à Tokyo, les autorités financières nippones cherchent au contraire à en faire rejaillir la responsabilité sur Londres. Des prises de position au sujet desquelles Isamu Kajino, porte-parole du Credit Suisse Group à Tokyo, n'a pas voulu s'exprimer. Reste aux trois juges chargés du dossier de déterminer les vrais coupables, un verdict qui ne sera vraisemblablement pas rendu public avant le 26 octobre au plus tôt, date de la dernière audition. Quelle que soit son issue, le Tribunal ne pourra pas imposer à la banque une amende supérieure à 200 millions de yens (3,1 millions de francs), notait le Financial Times dans son édition de vendredi. Une somme que Isamu Kajino a également refusé de confirmer.

Recruté au début du mois de février pour remplir une fonction encore inexistante, Yuji Suzuki a été nommé président du Credit Suisse Group au Japon, afin d'en chapeauter toutes les divisions (Credit Suisse First Boston Securities, CSFB Tokyo Bank, CS Asset Management et CS Trust & Banking). Plus de cohérence, plus de transparence, le Credit Suisse a appris la leçon.