Banque

Credit Suisse se prépare à une assemblée sous haute tension ce vendredi

Si un rejet de l’un des points soumis à l’ordre du jour apparaît peu probable, la recommandation de Glass Lewis de refuser le rapport de rémunération pèsera sur le résultat des votes

Ce vendredi, l’assemblée générale de Credit Suisse ne sera pas simple formalité pour son président Urs Rohner. A la tête du conseil d’administration de la banque depuis 2011, il est certes habitué à affronter les critiques émanant chaque année de petits actionnaires, d’associations environnementales ou d’organisations comme la Fondation Ethos, zRating ou Actares. Au final, les actionnaires ont malgré tout toujours largement validé les points figurant à l’ordre du jour ces dernières années. En avril 2015, seul le vote consultatif sur le rapport de rémunération avait rencontré une plus forte opposition en n’obtenant que 67% de votes favorables, après 81% en 2014.

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En ira-t-il de même ce vendredi au Hallenstadion de Zurich? Cette année, le numéro deux bancaire helvétique devra compter avec l’opposition affichée par Glass Lewis à propos du rapport de rémunération. Considérée comme la deuxième agence anglo-saxonne la plus influente en matière de conseil de vote, après ISS, Glass Lewis a recommandé aux actionnaires de rejeter le rapport de rémunération, comme l’a indiqué la NZZ am Sonntag dimanche.

Elle reproche à la banque son manque de transparence au sujet d’indemnités de départ totalisant 21 millions de francs versées à cinq hauts cadres de Credit Suisse, dont l’ex-directeur Brady Dougan. La société évoque aussi sur son site une «présentation opaque» des rémunérations accordées aux membres de la direction de la banque. Glass Lewis, qui compte plus de 1200 clients totalisant 25 000 milliards d’actifs sous gestion, dispose d’une influence non négligeable.

En revanche, Credit Suisse aura l’appui d’ISS, malgré certaines critiques émises à l’adresse de la banque. La société américaine a reproché au conseil d’administration d’utiliser une «marge de manœuvre considérable» lors de l’octroi des bonis à la direction même lors des années de mauvaise performance, rapportait l’agence Bloomberg la semaine dernière.

Opposition aux dividendes

Les critiques des sociétés de conseil ne se limitent pas aux seules questions en lien avec les rémunérations. Tout comme Ethos, la société de conseil zurichoise zRating, alliée à InRate, s’oppose au versement d’un dividende de 70 centimes par action, arguant d’un degré de capitalisation encore insuffisant de l’établissement.

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Hormis les points figurant à l’ordre du jour, l’assemblée de vendredi donnera aussi l’occasion aux actionnaires de s’exprimer à propos de la marche des affaires du groupe depuis l’automne dernier. En plus de la perte de près de 3 milliards de francs annoncée par Credit Suisse en février, suite à l’amortissement lié à l’acquisition de Donaldson Lufkin & Jenrette (DLJ) en 2000, la banque a aussi indiqué fin mars avoir dû procéder à de nouveaux amortissements de près d’un milliard de dollars répartis entre le quatrième trimestre 2015 et le premier de 2016 dans son unité de banque d’affaires «Global Markets». Tidjane Thiam a promis en mars d’accélérer la restructuration de ses activités de banque d’affaires.

Objectifs mis en doute

Plus largement, les objectifs présentés en octobre dernier par la nouvelle direction de Credit Suisse sont toujours plus souvent mis en doute par la communauté financière. A l’horizon de 2018, la banque prévoit de doubler son résultat avant impôts de son unité consacrée à l’Asie à 2,1 milliards de francs (0,9 milliard en 2014). Il en va de même pour la gestion de fortune internationale (IWM) à 2,1 milliards (1,3 milliard) ainsi que pour la banque universelle suisse à 2,3 milliards (1,6 milliard).

Malgré tout, une surprise lors des votes reste improbable. Parmi les principaux actionnaires de la banque, le fonds Harris Associates, qui a récemment augmenté sa part dans le capital de l’établissement à plus de 8,5%, contre 5,17% auparavant, a réitéré son soutien à la stratégie mise en place par la nouvelle direction.

Appui du Qatar

Quant aux investisseurs du Qatar, les principaux actionnaires du groupe, ils ne vont certainement pas s’opposer à leur représentant Jassim Bin Hamad J.J. Al Thani, membre du conseil d’administration de Credit Suisse depuis 2010. En tout, les fonds d’investissement Qatar Holding LLC et Olayan Group contrôlent respectivement 18,57 et 11,36% du capital de Credit Suisse, en incluant les droits d’acquisition qu’ils détiennent sur les titres du groupe, en plus des quelque 5% qu’ils possèdent directement sous la forme d’actions.

Au final, l’intérêt des investisseurs portera aussi sur les éventuelles nouvelles indications fournies par la direction au sujet de la stratégie du groupe. Credit Suisse, qui avait présenté de manière inattendue de nouveaux objectifs pour sa banque d’affaires juste avant Pâques, a habitué les marchés à des surprises ces derniers mois.

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