Banques

Credit Suisse se stabilise mais à un faible niveau

Le bénéfice net de 170 millions de francs au deuxième trimestre a été supérieur aux attentes. Ce résultat est toutefois en partie attribuable à des éléments non récurrents, selon des analystes. Après une ouverture positive, l’action a replongé jeudi de 5% à moins de 11 francs

Le soulagement initial observé suite à la publication des chiffres au deuxième trimestre de Credit Suisse n’a pas duré longtemps jeudi. Après l’annonce d’un bénéfice net de 170 millions, contre une perte de même ampleur attendue par les analystes, l’action du numéro deux bancaire helvétique a d’abord ouvert en hausse de plus de 3% peu après 9h.

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Une heure et demie plus tard, l’ambiance a brusquement changé au moment où les analystes terminaient de boire leur café dans une salle située à proximité de Paradeplatz pour retourner derrière leurs écrans. En fin de matinée, l’action de Credit Suisse a soudainement décroché suite à la publication de commentaires très réservés de plusieurs analystes. Si ceux-ci ont salué le retour aux bénéfices de l’établissement entre avril et juin après deux trimestres déficitaires, ils ont relativisé ces chiffres influencés par plusieurs facteurs non récurrents.

Plusieurs facteurs non récurrents

Ainsi, alors que les analystes avaient tablé sur la constitution de provisions à hauteur de 120 millions, notamment en vue de litiges juridiques, la banque en a dissous à hauteur de 28 millions. Les coûts de restructuration, estimés à 271 millions de francs, sont finalement ressortis à 91 millions, comme l’a relevé la Banque Cantonale de Zurich (BCZ) dans une note. Au final, l’action du numéro deux bancaire a clôturé la séance de jeudi en recul de plus de 5% à 10,97 francs.

L’unité suisse reste la plus rentable

Le principal point positif est que pratiquement toutes les unités du groupe ont été profitables au deuxième trimestre. A commencer par la division helvétique, la Swiss Universal Bank, qui a à elle seule dégagé un bénéfice avant impôts de 453 millions de francs, presque autant qu’il y a un an (468 millions).

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Stabilité aussi pour les activités de gestion de fortune internationale (IWM) qui ont réalisé un résultat avant impôts de 245 millions (272 millions un an plus tôt). En revanche, les activités de gestion de fortune en Asie-Pacifique (APAC) ont, elles, été davantage à la peine au deuxième trimestre, dégageant un bénéfice avant impôts de 206 millions, contre 367 millions à la même période un an plus tôt.

La banque d’affaires est de nouveau profitable

Les activités de banque d’investissement ont aussi surpris favorablement. L’unité Global Markets est redevenue profitable entre avril et juin avec 156 millions de francs, après une perte de 200 millions au premier trimestre.

Des doutes subsistent quant à la durée de cette amélioration: «A l’instar d’autres grandes banques, Credit Suisse a tiré parti des volumes de négoces élevés à la fin du deuxième trimestre dans les jours qui ont suivi le Brexit. Un événement qui ne va toutefois pas se répéter», a relevé la banque IG dans une note.

Pas d’amélioration du ratio d’endettement

Les progrès réalisés en matière de fonds propres n’ont convaincu qu’à moitié. Le ratio de fonds propres dits durs (CET1) s’est certes amélioré à 11,8%, contre 11,4% fin mars, en ligne avec la fourchette de 11 à 12% visée par le groupe d’ici à fin 2016. Un objectif très prudent, a admis Tidjane Thiam.

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En revanche, le ratio d’endettement («leverage ratio») – un autre critère très suivi en Suisse – s’est maintenu à 3,3%, comme à fin mars. L’automne dernier, l’Autorité suisse des marchés financiers (Finma) avait relevé à 5% le seuil requis pour le ratio d’endettement des deux grandes banques. Celles-ci pourront en détenir une part sous forme d’emprunts à conversion obligatoire, mais elles devront avoir un noyau dur de fonds propres d’au moins 3,5%.

Tidjane Thiam a aussi insisté sur le fait que l’introduction partielle en bourse de l’unité helvétique, à hauteur de 20 à 30% de son capital, n’était pas motivée uniquement par le renforcement des fonds propres. «Le principal bénéfice de cette opération stratégique sera de mieux mettre en évidence la valeur de l’unité suisse», a-t-il insisté.

Pas une cible de rachat

La chute de 47% du cours de l’action Credit Suisse depuis janvier fait-elle de la banque une cible de rachat? Non, aux yeux de Tidjane Thiam, qui a une réponse imparable: «Lorsqu’un rachat se prépare, le cours de l’action de la société cible monte habituellement, il ne chute pas.»

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