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Environ 10 à 20% du capital de Alrosa, le premier producteur mondial de diamant devrait être privatisé.
© © Sergei Karpukhin / Reuters

Investissements

Credit Suisse et UBS invités aux privatisations russes

Le gouvernement russe lance un appel du pied aux grandes banques internationales pour qu’elles participent à un vaste programme de privatisation. Mais ce dernier est tout aussi incertain qu’opaque

Les banques suisses UBS et Credit Suisse ont «déposé des demandes» afin de participer aux privatisations organisées par l’Etat russe cette année, a déclaré vendredi le vice-ministre de l’économie Nikolaï Podgouzov, rapporte le quotidien d’affaires RBK. Trois autres grandes banques occidentales (Raiffeisen, Citi et UniCredit) auraient fait de même, selon le vice-ministre. Contactées par Le Temps, les deux banques suisses refusent de commenter cette information.

La campagne de privatisation est supposée placer sur le marché des parts significatives de quelques-unes des plus grandes sociétés russes. Il s’agit du plus important producteur mondial de diamant Alrosa (10 à 20% du capital), de la seconde banque du pays VTB (11%), du numéro un du pétrole russe Rosneft (19%) et du sixième groupe pétrolier russe Bashneft (51%). Hormis pour Bashneft, l’État russe entend conserver la majorité au capital de chacune des sociétés.

«Opacité et commissions occultes»

Alors que l’économie fait face à une troisième année consécutive de récession et que la pression augmente sur le budget, le mot «privatisation» revient de plus en plus souvent dans la bouche des décideurs russes. La justification officielle est de remplumer le budget ou les comptes de grandes entreprises d’Etat endettées. Mais la campagne de privatisation cache aussi des motivations moins claires, signalent les experts.

«L’approche des privatisations n’est pas dogmatique mais est faite de motivations et de désirs complexes et variées, explique Andreï Movchan, économiste au Centre Carnegie de Moscou. Beaucoup de facteurs rentrent en jeu, comme l’absence d’acheteurs ou une configuration défavorable de la transaction. Il faut garder à l’esprit que les privatisations sont organisées de manière opaque. Certains acteurs du processus sont tentés d’agir en tant qu’intermédiaires afin de percevoir des commissions occultes. Cela rend le processus de privatisation assez imprévisible.»

Dépendance au prix du pétrole

Les autorités russes ont tendance à vendre un peu vite la peau de l’ours. Ainsi, le ministre russe de l’Economie Alexeï Oulioukaïev annonçait le 17 avril que le groupe Airbus envisageait d’acheter une part de 25% dans le constructeur d’Hélicoptère d’Etat russe. Une information immédiatement démentie par le groupe français.

Dans le passé, les velléités gouvernementales de procéder à des privatisations ont souvent avorté. «Si le prix du baril de pétrole remonte à 60 dollars le baril [contre 42 dollars aujourd’hui], de nombreux paramètres seront reconsidérés, dont les privatisations», poursuit Movchan.

En 2009, après un effondrement des prix du pétrole, le Kremlin avait promis une grande campagne de privatisations, restée lettre morte après un redressement rapide du marché du pétrole. La fragilité de l’économie russe et sa dépendance envers les revenus pétroliers ont de nouveau été confirmées lundi. Après l’échec de la rencontre de Doha entre les principaux exportateurs de pétrole, le rouble est la devise mondiale qui a le plus baissé contre le dollar, note le quotidien d’affaires Vedomosti.

«Pragmatisme de l’élite russe»

La privatisation fait aussi grincer les dents chez les partisans d’une économie dirigiste. Igor Setchine, l’un des principaux piliers de cette branche de l’élite russe, qui est aussi le patron de Rosneft, refuse la privatisation partielle du principal pétrolier russe sous l’argument d’un prix du pétrole trop bas. «Il faut attendre que le baril de pétrole atteigne les 100 dollars», déclarait-il en février dernier. Igor Setchine est considéré comme le principal artisan de la renationalisation du pétrole russe au milieu des années 2000, dont le démantèlement de Ioukos fut l’un des épisodes les plus controversés. En 2006, l’Etat a privatisé 15% de Rosneft à une époque où le prix du pétrole était en constante augmentation. Une action de Rosneft coûtait alors 7,55 dollars, tandis que l’action est tombée à 3,3 dollars aujourd’hui. «Rosneft a un grand besoin de financement», souligne Andreï Movchan. «Mais les échéances pour le gros de la dette ne sont pas pour 2016, mais pour plus tard. En outre, Rosneft a d’autres options pour lever du liquide, comme la conversion d’actions ou la fusion avec Sourgoutneftegaz [un groupe pétrolier russe proche du Kremlin et disposant d’énormes réserves de liquidités].»

Aujourd’hui, les partisans des privatisations sont majoritaires au gouvernement, mais ce n’est pas le résultat du triomphe de la pensée libérale, qui veut que les actionnaires privés soient de meilleurs gestionnaires que l’État. «L’élite est extrêmement pragmatique et ne suit aucun dogme idéologique. Les dirigeants sont davantage inclinés à une gestion des grands groupes par l’Etat parce que cette gestion est plus prévisible et son opacité permet la mise en place de schémas de corruption et d’enrichissement personnel.»

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