S’ils le souhaitent, les marchés peuvent décider de fossoyer Credit Suisse. D’ailleurs, on pourrait se demander si c’est ce qu’ils essaient de faire. Cette semaine, le cours de l’action du numéro deux bancaire helvétique est passé en dessous de 10 francs pour la première fois depuis la fin des années 1980. Cela signifie que la banque, avec ses 48000 employés, vaut à peine 21 milliards de francs à la bourse.

A peine, parce que c’est à peu près la valeur de Swisscom – 24,4 milliards – qui compte 19000 employés. Si ces chiffres doivent nous dire quelque chose, c’est la défiance qui entoure l’entreprise. Au niveau actuel, c’est comme si les investisseurs estimaient que Credit Suisse ne vaut que la moitié de ce que la banque affiche en réalité dans ses comptes.

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Tidjane Thiam dit aimer être sous pression. Il est servi. Accueilli comme une rock star, il est en passe de devenir le paria de la Paradeplatz. Car le nouveau venu, dont on a tout de suite glorifié la diversité et le succès du parcours – consultant pour McKinsey, patron de l’assureur britannique Prudential, ministre en Cote d’Ivoire - et immédiatement pardonné le manque d’expérience dans la banque, a été accueilli comme le sauveur d’une banque qui végétait dans les mains d’un Américain obsédé par la banque d’affaires.

Aujourd’hui, les investisseurs de Credit Suisse doutent de tout: de la stratégie du Franco-Ivorien, de sa mise en œuvre, du risque d’un rachat par une autre banque, même de la vision du directeur général, à qui on reproche désormais, et peut-être avec exagération, d’avoir amené sa garde rapprochée plutôt que de s’être appuyé sur les cadres historiques de la banque, d’être arrogant, de se fier à des consultants plutôt qu’à des banquiers. Entre autres.

Pourtant, il est important de rappeler que Tidjane Thiam n’a rien promis d’autre que ce que tout le monde attendait: une hausse de capital (réussie), une réduction de la banque d’affaires que tous jugent trop risquée, un virage net vers l’Asie et la gestion de fortune. La mise en œuvre prend du temps, des écueils apparaissent, comme le Brexit ou la découverte de cadavres du passé plombant les comptes. On ne peut pas attendre du nouveau responsable qu’il transforme une banque sclérosée en un modèle du genre en un tour de main.

Or, à force de s’impatienter, les investisseurs rendent la situation encore plus précaire pour la banque. Ils risquent de précipiter le destin de l’établissement, avant même que l’on ait pu démontrer que la stratégie n’est pas la bonne. Il est possible d’en douter, mais il serait juste de laisser le temps à celui pour qui on a montré une telle estime de faire ses preuves.

La patience est plus qu’une vertu. Dans ce cas, elle est peut-être même vitale.