Se représentera, ne se représentera pas? Severin Schwan refuse de dire s’il sera candidat à la réélection à l’assemblée générale au printemps prochain. «Je ne me suis pas encore décidé», a admis le vice-président de Credit Suisse. En tous les cas, a poursuivi celui qui est aussi le directeur général de Roche dans une interview au Tages-Anzeiger, l’enjeu maintenant est de «stabiliser la banque et je soutiens volontiers le président» dans ce but.

La deuxième banque suisse vit un nouvel épisode de son histoire récente chahutée depuis le début de la semaine. Son président, entré en fonction au printemps dernier, a été poussé à la démission dimanche soir après avoir courbé deux quarantaines, en Suisse et en Grande-Bretagne, liées au covid. Il est remplacé par Axel Lehmann, ancien d’UBS et entré au conseil d’administration en octobre dernier.

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C’est précisément en raison du départ d’Antonio Horta-Osorio que Severin Schwan, également membre du comité de nomination du conseil d’administration, est sous le feu des critiques. Il aurait joué un rôle clé dans l’éjection le week-end dernier du président britannico-portugais. Ce revirement – il aurait aussi été central dans sa nomination – interroge.

Autres reproches

Mais ce n’est pas le seul reproche fait à celui qui a la triple nationalité autrichienne, allemande et suisse. Son double mandat en est un autre, récurrent pour ceux qui se demandent comment une telle charge de travail est gérable. Il dirige le géant pharmaceutique bâlois depuis 2008 et est entré au conseil d’administration de Credit Suisse en 2014, avant d’en devenir le vice-président en 2017. La banque a pour tradition de compter un représentant de Roche dans cet organe.

Grande première, Severin Schwan a répondu à ses détracteurs: «Les deux mandats, à Roche et à Credit Suisse, sont en principe compatible», a-t-il assuré. Avant d’ajouter: «En huit ans au conseil d’administration de Credit Suisse, j’ai eu deux phases qui se sont avérées très intenses, d’abord autour du départ de Tidjane Thiam [début 2020, ndlr] et ensuite maintenant avec le retrait d’Antonio Horta-Osorio.»

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Autre source de récrimination, sa présence au sein du comité des risques. Alors que Credit Suisse a enchaîné les scandales ces dernières années et que des déficiences dans la gestion des risques ont été identifiées, il fait, pour certains, partie des responsables des fiascos en série qu’affronte la banque.

La question divise

La question du bien-fondé de sa présence divise. Pour Andreas Venditti, la banque profite de la bonne réputation du patron de Roche, surtout dans le contexte chaotique actuel. «S’il ne se représentait pas, ce serait à mon avis une perte pour Credit Suisse», estime l’analyste de Vontobel.

Loïc Bhend est d’un tout autre avis: «Credit Suisse ne peut plus se permettre de controverses. Or, le double mandat de Severin Schwan en reste une, même si elle n’est pas nouvelle. Il me semble donc responsable de sa part de couper court à toute forme de contestation, plutôt que de s’entêter à défendre une position un peu bancale», affirme l’analyste de la banque Bordier à Genève.

La Fondation Ethos, qui conseille les investisseurs en matière de gouvernance, se situe à mi-chemin. Elle considère qu'«il peut être le garant d’une certaine stabilité au sein du conseil» après de multiples changements ces trois dernières années. Mais elle suggère qu'il se retire de certains comités du conseil, étant donné son mandat chez Roche et son taux de présence aux réunions du conseil de Credit Suissse relativement faible ces dernières années.

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L’autre personne sous pression, c’est Thomas Gottstein, l’actuel directeur général de Credit Suisse. En début de semaine, le Tages-Anzeiger estimait que celui qui était déjà en poste au moment de la découverte des deux scandales Archegos et Greensill n’était plus l’homme de la situation. Le quotidien zurichois pointait notamment une apparente réticence au changement. Credit Suisse n’a pas de problème de culture, assurerait Thomas Gottstein en privé.


Nouvelle responsable de la finance durable

Dans ce jeu des chaises musicales, un changement, concret celui-là, est intervenu ce jeudi. Nommée responsable des investissements durables par Tidjane Thiam et hissée sous sa responsabilité, l’ancienne banquière d’investissement Marisa Drew quitte la banque. Selon un mémo que Le Temps a pu lire et qui a été confirmé par un porte-parole, elle sera remplacée dès avril par Emma Crystal qui aura le titre de Chief Sustainability Officer et sera directement subordonnée à Thomas Gottstein.

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Dans le mémo, ce dernier souligne l’importance de la finance durable pour la banque, renforcée lors de la journée des investisseurs de novembre dernier. Emma Crystal est entrée à Credit Suisse en 2013 et a dirigé les activités de gestion de fortune pour le nord et l’ouest de l’Europe depuis 2020, de même que l’unité de solutions durables pour les clients.

Ancienne de Deutsche Bank, elle devrait associer les divisions, régions et fonction de la banque pour assurer que les engagements en matière de durablilité soient tenus. Cela inclut l’expansion des produits pour la gestion de fortune, les offres de financement de la banque d’investissement et les engagements à réduire les émissions de CO2 à un zéro net. Marisa Drew démissionne pour «poursuivre une opportunité en dehors de la banque» qu’elle avait rejointe il y a dix-huit ans. A son crédit, le mémo cite les standards qu’elle a aidés à créer pour l’industrie financière durable, ainsi qu’une série de fonds et transactions dans le même domaine.