Elle se regarde comme la courbe des nouvelles infections. Et elle s’aplatit, elle aussi, au fil des semaines d’avril et de mai. Le graphique des demandes de crédit-relais, disponible sur le site ad hoc mis en place par les autorités fédérales, montre bien l’évolution du sentiment d’urgence qu’ont ressenti les PME et entreprises suisses ces deux derniers mois.

Une montée exponentielle à partir du 26 mars, première date pour demander un prêt-relais cautionné par la Confédération. Dans les premiers jours, 7000, 8000, parfois plus de 10 000 requêtes sont parvenues à la centaine de banques participantes. Puis, au fil des jours et des semaines, la progression a ralenti, jusqu’à atteindre un rythme oscillant entre 50 et 250 demandes quotidiennes ces derniers jours.

Selon une étude publiée mardi par le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco), un peu plus de 124000 crédits ont été octroyés depuis fin mars. Quelque 520 d’entre eux sont encore en cours d’évaluation et concernent des montants à plusieurs millions. Mais globalement, un total d’environ 14,7 milliards de francs de crédit-relais a été accordé. Soit 36% des 40 milliards qui ont été réservés à cette opération de secours.

Le calme après la ruée

La deuxième tranche de 20 milliards, décidée le 3 avril, l’a été en fonction de la vitesse à laquelle augmentaient les demandes à ce moment-là, rappelle Martin Godel, le responsable du secteur politique pour les PME auprès du Seco. En une dizaine de jours, le chiffre de 14 milliards de francs avait déjà été franchi. «Si le rythme d’alors s’était poursuivi, la barre des 20 milliards aurait été rapidement dépassée.»

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Selon le Seco, les principales pourvoyeuses de crédits ont été les banques cantonales (31,5% du total) et les deux grandes banques UBS et Credit Suisse (39%). Pour l’heure, UBS a octroyé 23 000 prêts-relais, représentant 2,6 milliards de francs. Elle constate également «une nette décrue» depuis début mai. Les demandes sont désormais 20 fois moins élevées que lors des premiers jours, lorsqu’elles se chiffraient autour du millier quotidien.

Chez Credit Suisse, 14 000 crédits ont été accordés, pour un montant de 2,6 milliards. Le rythme des demandes s’est, là aussi, «très sérieusement ralenti, une fois passée la première vague pour les crédits de catégorie 1 [jusqu’à 500 000 francs, cautionnés à 100% ndlr]», indique son porte-parole. Désormais, ce sont les crédits de catégorie 2 [plus de 500 000 francs, cautionnés à 85% avec un intérêt de 0,5%] qui sont examinés. «Mais le nombre de demandes est nettement inférieur», poursuit-il.

Si ces lignes de crédit ne sont pas utilisées, c’est une très bonne nouvelle. C’est le signe que les petites entreprises suisses avaient de la réserve

Martin Godel, Secrétariat d’Etat à l’économie

Et pour les entreprises qui ont effectivement profité de cette aide, elles ne sont pas rares, celles qui n’ont pas encore puisé dans leur crédit-relais. Aucun chiffre officiel n’est disponible à ce sujet. Mais chez UBS, par exemple, «seuls deux tiers des entreprises ont jusqu’à présent utilisé leur limite de crédit, tandis qu‘un tiers des clients n’y a encore pas du tout eu recours», indique Alexandre Prêtre, responsable de la clientèle entreprises chez UBS Genève. Au total, largement moins de la moitié des limites de crédit octroyées ont été employées. «Nous savions que, de manière générale, les PME suisses avaient une bonne santé financière et n’étaient que peu endettées. C’est un signe supplémentaire.»

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Du côté de Credit Suisse également, les lignes de crédit n’ont été que partiellement utilisées. «C’est normal, reprend son porte-parole. Le but de ces prêts était de soutenir les entreprises dans une période difficile de trois mois au moins. Et nous en sommes à la fin du deuxième mois.»

Beaucoup d’autres aides

Vincent Dousse se dit surpris par ces chiffres. Le professeur de finance d’entreprise à la HEIG-VD s’attendait à une plus large utilisation de cette aide «qui ne coûte presque rien et qui est facile à obtenir». Mais il liste dans la foulée plusieurs facteurs qui ont sans doute conduit à cette retenue: à commencer par la peur de l’endettement et le poids des remboursements futurs. Mais aussi les autres aides qui ont été déployées: le décalage des paiements de la TVA et des impôts, le chômage partiel et, pour certains, l’abandon ou la suspension de mois de loyers.

«Si ces lignes de crédit ne sont pas utilisées, c’est plutôt une très bonne nouvelle, se félicite de son côté Martin Godel, du Seco. C’est le signe que les petites entreprises suisses avaient de la réserve. Plutôt que de l’urgence, c’était de la prudence», relève-t-il en ne négligeant pas que pour certaines d’entre elles, de cet apport de liquidités dépendait quand même clairement leur survie.

Ce sont les commerces et les garages qui ont été les plus demandeurs, avec presque un quart du total des 14 milliards distribués. Viennent ensuite les entreprises de fabrication et de transformation (15%), la construction (13%) et l’hôtellerie-restauration (9%).

Attendre l’automne

Il reste donc théoriquement 25 milliards de francs à octroyer selon les besoins. Le délai pour la réception des demandes a été fixé au 31 juillet. Laissant place, après l’urgence, à la possibilité d’une deuxième vague, et à d’autres secteurs qui viendraient à être touchés dans un second temps. C’est en tout cas ce à quoi s’attend Swissmem. L’association faîtière de l’industrie des machines, des équipements électriques et des métaux demande que ce délai soit prolongé jusqu’à fin 2020. «Considérant le fait que de nombreuses entreprises ne rencontreront des problèmes de liquidités qu’au cours des 2e et 3e trimestres, ces dernières devraient avoir la possibilité de faire de telles demandes encore après le 31 juillet.»

Simultanément, de premiers remboursements ou renoncements à ces lignes de crédit pourraient intervenir cet automne, prévoit UBS. A condition que l’à peu près normalité ait repris son cours. «Si j’étais une entreprise, j’attendrais un peu, je ferais une planification de trésorerie pour les prochains mois, confirme le professeur Vincent Dousse. Mais rembourser rapidement, oui, car les contraintes légales sur l’utilisation de ces fonds sont un frein à l’investissement et à la distribution éventuelle de dividendes.»