L’innovation financière au secours des PME. Les crédits-relais permettent aux entreprises, aux côtés du chômage partiel, d’absorber une partie du choc économique lié au confinement partiel. La solution a été saluée par toute la classe politique, mais le débat reste vif à cause de leurs effets collatéraux.

La gauche déplore par exemple que les prêts ne soient pas à fonds perdu alors que la droite insiste sur le coût élevé des crédits pour la Confédération.

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Une solution intermédiaire est possible et elle «serait gagnant-gagnant car elle éviterait le risque de faillite des PME et empêcherait que les crédits ne soient à fonds perdu», indiquent au Temps les économistes d’E4S Jean-Pierre Danthine, ancien vice-président de la Banque nationale suisse, et Erwan Morellec, professeur de finance à l’EPFL.

Leur idée consiste à créer des «actions privilégiées non convertibles». Il s’agit d’une nouvelle forme de titres financiers qui permettent aussi un apport de liquidités mais, à la différence du crédit-relais, n’entraînent pas d’augmentation du risque de faillite. Cette innovation en rappelle une autre. Cette catégorie de titres est semblable à celle qui avait été employée pour sauver UBS en octobre 2008, lors de la crise financière. Mais l’utilisation s’est limitée jusqu’à maintenant aux entreprises cotées.

Un dividende plutôt qu’un intérêt

La solution offrirait «une véritable alternative aux PME pour lesquelles le poids du remboursement de la dette au terme des 7 ans du contrat serait insurmontable», indiquent les deux économistes. En l’occurrence, l’idée consiste à donner l’option aux emprunteurs, les PME, de remplacer la dette créée pendant la crise du Covid-19 par des nouveaux titres qui pourraient donner droit à un dividende contractuel. Plutôt que de la dette, la PME recevrait des fonds propres. Et plutôt que de verser un intérêt, elle distribuerait un dividende d’un montant fixé dans le contrat. Le taux de dividendes pourrait augmenter dans le temps afin d’inciter les PME à racheter ces titres une fois sorties de la crise.

Face à une réflexion aussi novatrice, plusieurs organisations préfèrent pour l’heure s’abstenir de tout commentaire. Contactée, l’Union syndicale suisse déclare «ne pas donner d’avis sur les propositions de tiers». Certaines voix apprécient l’originalité, mais en soulignent les limites. «Cette idée peut être mise en œuvre uniquement pour des entreprises de taille moyenne ou grande en raison des problèmes comptables de suivi», affirme Paul Dembinski, directeur de l’Observatoire de la finance. Elle a le mérite, ajoute-t-il, d’instituer «une forme de solidarité entre les participants au capital sous la forme d’un partage des profits et des pertes», ajoute-t-il.

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Ces nouveaux titres appartiendraient aux fonds propres, mais ils ne seraient pas convertibles en titres de propriété (actions). Il n’y a donc pas de risque de nationalisation.

Il est donc crucial de préciser certains autres éléments essentiels: «Une différence majeure est que le paiement des dividendes privilégiés n’est pas obligatoire. Il peut être différé et constituer ainsi des arriérés de dividendes. De plus, il n’y a pas de maturité (ce sont des titres perpétuels) et donc pas de paiement important à effectuer à une date donnée (comme des amortissements)», précise Erwan Morellec.

Il n’est pas trop tard, selon les deux économistes d’E4S, pour proposer une alternative aux crédits-relais, même si le parlement fédéral se réunit depuis ce lundi à Berne pour débattre de la crise. Les deux économistes Jean-Pierre Danthine et Erwan Morellec affirment que la mise en œuvre de leur idée peut intervenir ces prochains mois, dans tous les cas avant la fin de la première année de contrat de crédits-relais.

Suppression des effets collatéraux

Avec ces actions privilégiées, «les effets collatéraux négatifs des crédits-relais sont éliminés», assure Erwan Morellec. Il n’y a pas d’effet négatif sur l’investissement puisque l’endettement n’augmente pas, ni sur le risque pour les banques, parce que la probabilité de faillite n’augmente pas.

La Confédération n’aurait alors nul besoin d’investir à fonds perdu, «puisqu’elle toucherait une rémunération en relation avec le risque encouru», notent les deux économistes. Non seulement ses crédits-relais seraient rachetés, mais la Confédération serait en outre rémunérée quand les entreprises pourraient le faire.