Il fut un temps où les banquiers suisses se méfiaient beaucoup de l’Union européenne (UE). En 2003, le président d’alors de l’Association suisse des banquiers (ASB), Pierre Mirabaud, estimait que le maintien de la demande d’adhésion de la Suisse «empoisonnait le débat». Les pressions sur le secret bancaire les rendaient très méfiants.

Douze ans plus tard, leurs préventions sont largement tombées. Ils ne veulent certes toujours pas de l’adhésion mais plaident pour un sérieux réchauffement des relations bilatérales. «Nous devons alimenter le débat sur les avantages de l’ouverture à l’Europe pour notre prospérité«, a ainsi lancé Patrick Odier, président de l’ASB depuis 2009, à l’occasion d’une rencontre avec la presse mercredi soir à Genève.

La fin du secret bancaire explique cette conversion, mais en partie seulement. Les banques cherchent à atteindre un objectif plus concret mais qui leur semble difficilement atteignable, la conclusion d’un accord sectoriel avec l’UE leur ouvrant le marché des services financiers. Un tel texte leur permettrait de restaurer leurs «capacités d’exportation» de services financiers, notamment la faculté de distribuer en Europe des fonds gérés en Suisse, et d’entretenir des relations directes avec leurs clients européens depuis le territoire de la Confédération.

Or, ce marché reste actuellement fermé - sauf avec l’Allemagne, avec qui un accord bilatéral a été conclu - pour toutes les banques qui n’ont pas un pied dans un pays de l’Union. Généralement des établissements de taille moyenne spécialisés dans la gestion de fortune.

Accélerer le tempo

Or, la conclusion d’un tel accord ne viendra qu’après celle d’un accord institutionnel encadrant l’ensemble des relations bilatérales. Déjà difficile, cette négociation a été compliquée par l’adoption de l’initiative «contre l’immigration de masse» le 9 février 2014. Ce n’est que lorsque la question de la libre circulation des personnes aura été résolue que l’accord-cadre pourra être définitivement mis sous toit. Face à de si lointaines perspectives, l’ASB tente d’accélérer le tempo. C’est ainsi que Patrick Odier se dit «heureux» de la clause de sauvegarde proposée par le Conseil fédéral le 4 décembre. Cette proposition devrait permettre, espère-t-il, de débloquer les discussions avec Bruxelles.

Les banquiers ne lancent toutefois pas une déclaration d’amour. «Demander un accès au marché n’est pas une plaidoirie pour une adhésion», prévient Patrick Odier. Qui précise toutefois qu'«une économie suisse forte dépend de frontières ouvertes».