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Le logo de la BNS à Berne.
© Keystone/Gaetan Bally

Opinion

Qui doit créer notre argent?

La monnaie pleine est un système simple et bénéfique pour l’ensemble de l’économie. Les banques entre elles n’utilisent déjà que de la monnaie pleine. Mais elles la diabolisent afin de conserver leur privilège de création monétaire

La plupart des gens pensent que tous les francs suisses sont déjà créés par la Banque nationale suisse (BNS). Ce n’est actuellement pas la réalité: seuls les pièces et les billets émis par la BNS sont de la monnaie pleine accessible au public. Ils ne représentent plus que 10% de la monnaie en circulation.

Les 90% restants sont de la monnaie électronique privée, créée par les banques commerciales lorsqu’elles octroient des crédits. L’initiative «Monnaie pleine» propose de dissocier la création monétaire du crédit. Ainsi, la totalité de notre argent deviendra de la monnaie pleine émise par la seule BNS, tandis que les banques seront des intermédiaires qui récoltent l’épargne des uns pour la prêter aux autres. En cas de besoins supplémentaires pour le crédit, elles pourront toujours obtenir des prêts de la BNS.

Le système actuel est risqué

La monnaie électronique créée par les banques commerciales n’est qu’une promesse de paiement de la banque à son client. Ce dernier n’est plus propriétaire de ses avoirs, qui sont portés au bilan de la banque, et ne récupérera rien si la banque devient insolvable (la garantie de 100 000 francs est limitée à 6 milliards, c’est-à-dire 1,4% de tous les avoirs en Suisse).

Avec la monnaie pleine, tout le monde, et non seulement les banques, pourra avoir un compte de paiement sûr en monnaie pleine, comme des billets dans un coffre, mais sous forme électronique. Ainsi, les clients resteront propriétaires de leur argent. Leurs comptes seront toujours gérés par les banques, mais en dehors de leur bilan, ce qui les protégera d’une faillite bancaire.

La monnaie pleine a déjà fait ses preuves

Le peuple a confié l’émission des billets à la BNS en 1891 déjà. Cela a permis de retrouver une stabilité monétaire et économique et d’établir un quasi-régime de monnaie pleine sur lequel la Suisse a pu construire sa prospérité. Il s’agit, avec la votation du 10 juin, de remettre à la BNS la création de l’argent électronique, afin de corriger à nouveau le détournement d’un système éprouvé.

La monnaie pleine n’est pas risquée

Qu’on nous explique sinon pourquoi les banques n’utilisent entre elles que la monnaie pleine électronique de la BNS (qui leur est exclusivement réservée) et non leur propre monnaie privée dont nous autres, citoyens et entreprises, devons nous contenter. Qu’on nous explique par quelle logique le fait de sécuriser l’argent contre les crises bancaires pourrait créer de l’insécurité et mettre notre économie en danger! Mais selon les opposants, avoir un compte sécurisé et pouvoir rester propriétaire de son argent serait une expérimentation risquée…

Un privilège injustifié

Avec le système monétaire actuel, les banques ont pu se construire un empire financier sans avoir jamais rien produit. Par leur création monétaire ex nihilo (à partir de rien, qui ne résulte pas d’une production de richesse), elles créent un pouvoir d’achat sans sortir un centime de leur poche, mais en percevant un intérêt sur ce pouvoir d’achat qui ne leur appartient pas. Maurice Allais, Prix Nobel d’économie 1988, comparait la création monétaire des banques à celle des faux-monnayeurs. La seule différence, disait-il, est que les banques le font légalement, mais d’un point de vue économique, le résultat est identique.

En effet, créer un pouvoir d’achat qui ne trouve pas son origine dans un travail, c’est en quelque sorte voler ceux qui ont travaillé. De plus, ce commerce ne profite que marginalement (20%) à ceux qui produisent les biens et les emplois, pendant qu’il enrichit les plus nantis qui spéculent sur les marchés financiers et immobiliers (80% de la monnaie bancaire leur est destinée). C’est la collectivité qui fait les frais des bulles qui s’ensuivent (augmentation des prix), et lorsqu’elles éclatent, comme en 2008, ceux qui ont tout perdu doivent de surcroît sauver les banques qui les ont plumés.

De telles crises pro-cycliques ne cesseront de se renouveler tant que la création de notre argent se fera par le crédit et sera liée à des intérêts privés. Comment imaginer que des banques commerciales, orientées sur la maximisation de leurs profits, puissent en même temps être garantes de l’intérêt général? Il y a clairement un conflit d’intérêts à la base même du système monétaire actuel.

La monnaie en tant que service public

En dissociant la création monétaire du crédit, c’est-à-dire des intérêts privés, l’initiative «Monnaie pleine» redonne à la monnaie sa fonction de service public dans l’intérêt général de la société et restitue les gains de la création monétaire à l’ensemble de la collectivité.

Ceux qui ont dit oui à la SSR, oui aux services de la santé publique, du trafic routier, de la police et de l’instruction publique devraient en conséquence aussi dire oui à l’initiative «Monnaie pleine».

Dossier
«Monnaie pleine», un débat singulier

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