Des «laissés pour compte» dans la pandémie. Voilà comment se considèrent les taxis genevois. Dans une lettre de leur avocat, les chauffeurs se disent exposés dans la crise sanitaire, eux qui ne peuvent éviter les contacts avec leur clientèle. Ils s’estiment aussi être les «grands oubliés» des mesures fédérales prises pour soutenir l’économie. Leur avocat demande aux autorités de prendre des mesures pour les soutenir. Dans la foulée, les taxis des autres cantons ont cosigné une demande similaire à Berne dimanche.

«Les taxis n’ont plus les moyens de vivre et de faire vivre leur famille», peut-on lire dans des courriers que leur avocat, Me Jacques Roulet, a envoyé le 27 mars au magistrat genevois Mauro Poggia ainsi qu’à Guy Parmelin, le conseiller fédéral chargé de l’Economie. «Il est impossible aux chauffeurs de taxi de conserver la barrière de distanciation sociale demandée par l’OFSP, la distance entre les sièges arrière et la place du conducteur étant insuffisante», écrit l’homme de loi. Une dizaine de chauffeurs ont été déclarés positifs à Genève, selon nos informations.

Une interdiction jusqu’au 30 avril

Jacques Roulet demande à Mauro Poggia «de décider immédiatement d’une interdiction de poursuivre l’activité de transport de personnes par taxis dans le canton jusqu’au 30 avril 2020 au moins». Selon lui, vu la chute drastique du nombre de courses, un service minimum correspondant à tout au plus 20% du parc des taxis suffirait à remplir la demande.

Sans arrêt décrété de leur activité, les taxis – pour la plupart des indépendants – ne peuvent bénéficier des allocations perte de gain et du chômage technique. «Les taxis genevois, à l’égal de tous les taxis de Suisse, vous demandent de vous préoccuper de leur sort, comme vous le faites pour de nombreux pans de l’économie», lit-on dans le message adressé à Guy Parmelin.

Dans une lettre signée le 29 mars, l’Union nationale des taxis suisses (qui représente des chauffeurs de Genève, Lausanne, Berne, Bienne, Bâle et Zurich) dresse un tableau analogue et adresse une demande similaire à la Confédération.

Lire aussi: Location sauvage de plaques chez les taxis genevois

Selon Cédric Bouchard, directeur de Taxiphone, la principale centrale genevoise de taxis, 85% des taxis sont immobilisés. Les conditions du secteur se sont détériorées avec l’annulation des salons automobiles et horlogers. L’arrivée d’Uber en 2014, qui leur a fait perdre de nombreux clients, avait déjà réduit leurs marges.

Les centrales ont revu leurs tarifs et rendent de nouveaux services: «Nous effectuons beaucoup de transports d’échantillons, de tests sanguins et des livraisons pour GeneveAvenue [un site de commerçants genevois, ndlr] et Manor, indique Cédric Bouchard. Ces services pourraient exploser si le confinement devenait total.»

Aucune indemnisation

«Nous sommes dans une situation «extraordinaire» au sens de la loi sur les épidémies, de sorte que seule la Confédération peut décider quelles sont les professions ou les activités économiques qui sont interdites, indique Mauro Poggia. La solution doit être recherchée d’urgence du côté de l’Office fédéral des assurances sociales, afin que les allocations pour perte de gain soient élargies aux indépendants. Le Conseil d’Etat travaille dans ce sens.»

«Les taxis et les VTC indépendants ne remplissent pas les conditions d’octroi de l’allocation perte de gain en lien avec le coronavirus. Seuls ont droit à l’allocation les indépendants qui ont dû fermer leur établissement selon les ordonnances édictées par le Conseil fédéral», indique un porte-parole de l’Office cantonal des assurances sociales. Dans une ordonnance du 13 mars, le Conseil fédéral ne mentionne pas les taxis et les VTC parmi les établissements (comme les restaurants, les piscines ou les salons de coiffure) qui doivent fermer en raison de la pandémie.