Tout a commencé avec une sécheresse comme les Etats-Unis – le premier pays exportateur de maïs, blé et soja – n’en ont pas connu depuis 1956. Le manque de précipitations sur l’ex-URSS, la faiblesse de la mousson en Inde et la crainte d’un retour du phénomène climatique El Niño font maintenant craindre une troisième crise alimentaire en cinq ans. Comme en 2008. Et comme en 2011, lorsque la cherté de la nourriture avait attisé les révoltes du Printemps arabe.

Ce coup de chaud intervient alors que les prix alimentaires mondiaux étaient déjà supérieurs de 40% à la moyenne des dix dernières années, selon la FAO. En mai, l’agence onusienne mettait en garde contre le risque de troubles sociaux dans les pays les moins favorisés. «Nombre de grands pays importateurs du Moyen-Orient retardent leurs achats, espérant que les prix vont baisser», remarquent les analystes de Barclays à Londres. «Ceux-ci vont se retrouver forcés d’acheter» ajoutent-ils. Au prix fort.

L’Egypte temporise

L’Egypte, le plus important acheteur de blé du monde, affronte cette crise céréalière alors que son nouveau gouvernement est au pouvoir depuis un mois et que les prix alimentaires galopent déjà au rythme annuel de 9,2%.

A Genève, les regards des négociants sont braqués sur l’entrée en jeu du GASC, le bureau d’Etat réalisant environ la moitié des importations du pays. Pour l’instant, ce dernier n’a toujours pas procédé à un premier appel d’offres sur le blé de la moisson en cours. Officiellement, cela s’expliquerait par l’augmentation de la moisson locale. «Selon certains traders, les subventions élevées accordées aux agriculteurs locaux ont accentué le phénomène d’importation d’Europe de l’Est, déguisé en blé local», juge Siavosh Arasteh chez Agrinews, agence genevoise d’analyse du négoce de grains. Pour l’instant, «les importateurs privés qui ont acheté du blé à des prix inférieurs, avant la hausse, sont en mesure d’approvisionner le marché local», ajoute ce dernier.

Surprise en Jordanie

L’exemple de la Jordanie, autre pays dans lequel une agence d’Etat orchestre les achats, montre à quel point certains pays se sont fait surprendre par l’envolée. Les données d’Agrinews révèlent ainsi qu’Amman avait acheté, il y a un mois, un cargo de 50 000 tonnes de blé à 309 dollars la tonne. Le 8 juillet, une autre commande est reportée, alors que le monde agricole attend l’état de lieux de Washington sur la sécheresse. Le 19 juillet, la Jordanie finit par acheter deux cargos. Mais à 343 dollars. «Il y a dix jours, Amman a annoncé que les prix locaux du blé et de l’orge n’augmenteraient pas; la partie de la facture alimentaire réglée par l’Etat sera donc plus importante, le prix à payer pour éviter que le mécontentement populaire ne s’aggrave», relève le spécialiste d’Agrinews.

La situation est encore plus tendue en Syrie, où sécheresse et guerre civile menacent les moissons. Selon la FAO, ces douze prochains mois, les importations de céréales du pays atteindront 5 millions de tonnes. Soit une fois et demie celles de l’année précédente. Alors que les sanctions économiques en compliquent le négoce.