Un concert de louanges assourdissant a accueilli, lundi, l'arrivée de Louis Gallois à la tête d'EADS, qu'il dirigera aux côtés de l'Allemand Thomas Enders. Des syndicats français au gouvernement de Berlin, tous semblent croire que cet ancien bureaucrate doté d'un sens commercial aigu sera capable de sortir le géant aéronautique européen de la crise.

Sa nomination en remplacement de Noël Forgeard a même créé une rare unanimité dans le monde politique français: «Louis Gallois est un homme que je connais et c'est un homme de qualité», a expliqué le leader socialiste François Hollande sur Europe 1, alors que le ministre de l'Intérieur et président de l'UMP, Nicolas Sarkozy, le qualifiait d'«homme de grande qualité que je connais bien, depuis longtemps».

Agé de 62 ans et jusqu'à ce week-end patron de la SNCF, Louis Gallois a souligné lundi la gravité de la situation dans sa nouvelle entreprise: «Compte tenu de la crise de l'A380 et des difficultés qui ont secoué le management d'EADS au cours de ces dernières semaines, la réputation du groupe est en jeu. Nous allons devoir regagner la confiance de nos clients, de nos investisseurs et, en premier lieu, de notre personnel», a-t-il indiqué dans une déclaration cosignée avec son alter ego Thomas Enders.

Cette mention du «personnel» est bien dans son style. En 1996, Louis Gallois avait été appelé à la tête de la SNCF par le premier ministre de droite Alain Juppé. La société de chemins de fer français était alors un mammouth lourdement endetté, dont le patron précédent avait été emporté par l'affaire Elf et qui sortait d'un conflit social paralysant. En s'appuyant sur les cadres de la maison et en dialoguant avec les cheminots, Louis Gallois a transformé l'entreprise: cession du réseau ferré, lancement d'une nouvelle ligne vers la Méditerranée et politique commerciale agressive pour concurrencer les compagnies aériennes à bas coûts. Ces dernières années, le nombre de jours de grève a baissé de 40% et la SNCF affirme être devenue profitable.

Ancien bras droit du ministre de la Défense Jean-Pierre Chevènement, Louis Gallois fait partie des socialistes «républicains» fortement attachés au rôle industriel de l'Etat. Il incarne aussi la caste des hauts fonctionnaires issus de l'ENA qui ont restructuré les entreprises publiques dans les années 1980 et 1990. L'aéronautique est sa vraie passion: il a dirigé le motoriste Snecma, puis l'Aérospatiale, et siège au conseil d'administration d'EADS depuis l'an 2000.

L'homme des missions impossibles

Il y a quatre ans, le journal de HEC Paris, son ancienne école, dressait de lui un portrait dithyrambique: «homme des missions impossibles», «redresseur et [...] pacificateur d'entreprises en difficulté», «capable de faire 25 mètres pour serrer la main d'un balayeur»... en outre, il vit dans un pavillon de banlieue sans prétention et se contente, selon le Financial Times, d'un salaire de 236000euros par an.

«Je gagne beaucoup par rapport à bon nombre de cheminots, expliquait-il l'an dernier, [mais] beaucoup moins que les patrons d'entreprises de taille comparable.» Une sobriété du meilleur effet au moment où son prédécesseur Noël Forgeard est accusé d'avoir empoché des montants disproportionnés grâce aux stock-options.