Présentée comme la plus grave depuis les années trente, la crise actuelle ne peut épargner une ville autant dominée par la finance que Genève. Un emploi sur dix dépend en effet d'un secteur financier générant un quart de l'activité économique du canton. Soit une dépendance aussi forte que celle de la ville de New York envers Wall Street.

Les estimations sur l'ampleur des dégâts commencent pourtant à apparaître. Intervenant devant un parterre de journalistes soucieux de l'impact de la crise sur Genève, Ivan Pictet, associé senior de la banque Pictet & Cie, a averti mardi que «si la place financière genevoise fournit dans les années de haute conjoncture plus de 30% des rentrées fiscales du canton de Genève, on peut d'ores et déjà considérer comme réaliste une baisse d'un tiers de sa contribution sur les exercices 2009-10». Ce qui signifierait la perte de 10 à 15% des 5,7 milliards de francs de recettes fiscales prévues dans le budget 2009. Un manque à gagner qui pourrait atteindre jusqu'à un demi-milliard de francs dans le pire des cas.

Dans ces conditions, «toute augmentation structurelle des charges devra faire l'objet d'un examen attentif», avertit le député libéral Pierre Weiss, en faisant allusion en particulier au 13e mois de salaire dans la fonction publique. En tout état de cause, le budget doit être revu. Le Département des finances a d'ailleurs fait savoir qu'une réévaluation sera communiquée le mercredi 5 novembre.

Pas d'impact sur l'emploi

Intervenant en tant que président de la fondation assurant la promotion de la place financière genevoise, Ivan Pictet s'est refusé à commenter l'impact de la crise sur l'activité individuelle des établissements. Leur moindre contribution fiscale à venir donne cependant la mesure de l'effondrement attendu de leurs profits. Présenté hier, un sondage réalisé auprès des principales banques de la ville montre que 44% de ces institutions s'attendaient, fin juin, à un recul de 3% ou plus de leurs bénéfices nets. Au sein des plus petits établissements la proportion atteignait 70%. Et ce bien avant ce terrible début d'automne sur les marchés.

Genève est cependant encore loin de souffrir comme Wall Street, où plus de 10% des emplois du secteur sont menacés. La place financière «n'a été que très peu affectée directement» par cette crise «gravissime», assure Ivan Pictet. Certes, «elle prend de plein fouet la baisse des marchés boursiers qui atteint 50% depuis le début de l'année». Mais sa spécialisation dans les métiers de la gestion de fortune lui permet de mieux encaisser le choc. «Contrairement aux places financières où fleurit la banque d'affaires, les licenciements ne sont pas à l'ordre du jour», appuie le banquier privé. Avant d'ajouter que «la place financière engage [encore], même si elle est devenue un peu plus frileuse depuis le début de l'été».

Si l'impact sur les 34000 employés genevois de la finance paraît encore limité, plus important pourrait être celui sur leur train de vie. Ainsi 40% des banques employant plus de 200 personnes ayant répondu au sondage organisé fin juin s'attendaient déjà à voir leur masse salariale - bonus compris - progresser de 2% au mieux en 2008. L'an dernier à la même époque, plus de la moitié d'entre elles tablaient sur des rémunérations en hausse d'au moins 8% sur l'année en cours. Collaboration: F. L.