«Une crise financière? Le problème est d'abord social», déclare Joseph Stiglitz: «1,7 million d'Américains perdront leur maison l'an prochain parce qu'ils ont suivi le conseil de la Fed.» Le Prix Nobel est furieux, y compris contre George Bush, grand créateur de déficits budgétaires. Cela rend une politique de relance presque impossible. L'ex-chef économiste de la Banque mondiale s'étonne de l'incapacité à tirer les leçons des crises. En Asie, un plan de sauvetage jugé énorme (20 milliards de dollars) avait été accordé en échange d'une plus grande transparence et d'une hausse des taux de ces pays. Aujourd'hui, on a compris qu'il faut baisser les taux. Mais les banques refusent d'être transparentes. Et plutôt qu'un «Superfund», il faudrait un vrai plan de sauvetage. Le Nobel critique aussi la titrisation, qui augmente à la fois la diversification et le risque systémique. Et d'attaquer les banques sur la création de CDO (hypothèques titrisées et recombinées): «Je combine un mauvais produit avec un bon, et hopp, c'est un bon. C'est «une économie de vaudou».

Par contre, Robert Engle est optimiste. Il n'y aura pas de récession. Le secteur immobilier souffre, mais l'industrie d'exportation se porte bien et les bénéfices sont solides.

Pour l'expert en modèles de risques, la crise a éclaté parce que les modèles d'évaluation des risques ont pris en compte des années trop brèves et sans crise. Et aussi parce qu'on a ignoré les risques de corrélation entre les tranches de CDO. Le fait que la pire qualité et la meilleure qualité connaissent le même sort, est un événement très important pour la titrisation.