Alors qu'elle se croyait à l'abri, la place de Genève est frappée à son tour par la crise financière. La tempête est entrée par la porte des fonds de hedge funds, dans le sillage de la faillite d'une grosse contrepartie du secteur, Lehman Brothers, des interdictions des ventes à découvert, et de la chute boursière.

L'Union bancaire privée (UBP), numéro un mondial de l'industrie des fonds de fonds, s'est vu réclamer 6 milliards de francs à la fin du mois de septembre. Les préavis de retraits étant de trois mois, la banque devra rembourser ses clients à la fin de l'année. Cela correspond à environ 10% de la masse sous gestion alternative du groupe, qui s'élève à 58 milliards de francs. «Les fonds de fonds baisseront de 8 à 10% en janvier 2009, estime la banque. Il n'y a rien de dramatique. L'industrie des hedge funds se contracte.»

Entre juillet et septembre, la genevoise Syz & Co indique que la masse sous gestion des fonds et mandats de l'unité alternative 3A s'est rétractée de 400 millions de francs, ou 8%, à 4,5 milliards. On ne connaît pas la part exacte de retraits de clientèle sur ce montant. La banque attribue l'essentiel du recul à la performance négative des placements plutôt qu'à des retraits. Sur le mois de septembre, Syz concède que les clients ont demandé à retirer 80 millions de francs dans l'unité 3A, mais ne chiffre pas les retraits dans les placements alternatifs des clients privés, hors 3A. Selon nos informations, entre 700 et 750 millions de francs, globalement, seraient sortis des produits alternatifs de la banque sur le trimestre. «Ces chiffres sont faux!», rétorque le porte-parole, qui ne fournit toutefois pas d'autres précisions.

«Les clients sont désécurisés»

De son côté, LODH a vu sa masse sous gestion alternative chuter de 26%, soit 6,5 milliards de francs, à 4,8 milliards. «Les retraits ont débuté plus tôt car la banque était engagée dans deux fonds qui ont été liquidés au début de l'année, Focus et Peloton, ce qui a inquiété les clients», notent les professionnels de la place. LODH ne se prononce pas sur cette information. Elle précise qu'elle a cédé cet été une participation dans Géa, une société française qui gère un milliard de francs.

La Banque Privée Edmond de Rothschild, qui gère 7 à 8 milliards en fonds de hedge funds, a aussi connu des retraits, mais dans des proportions plus limitées, car 90% de ses fonds proviennent de clients privés gérés par la banque.

Selon nos informations, d'autres gérants de la place ont subi des retraits de 5 à 10% à la fin septembre. Un spécialiste estime que les demandes de remboursements pourraient s'accélérer au dernier trimestre, pour atteindre 10% à 20% des actifs gérés. Un géant comme GAM, filiale alternative de Julius Bär, a vu ses avoirs reculer de 18 milliards de francs au 1er semestre, à 68 milliards, qu'il attribue à des moins-values. Mais au troisième trimestre, ses avoirs pourraient avoir chuté à 40 milliards de francs, selon certaines estimations de marché. «Nous ne commentons pas ces rumeurs et ne fournissons pas de chiffres trimestriels», répond la banque.

«Les clients sont désécurisés par la crise. Ils cherchent à se retirer, au moins en partie, d'une classe d'actifs dont les performances sont devenues négatives cette année, et relativement peu liquides. Ils préfèrent les placements sûrs d'où on peut rapidement se défaire au besoin», explique un financier genevois.

Ce mouvement est cependant ralenti par les limites aux retraits posées depuis des années par les gérants de fonds. Pour retirer son argent, un client doit déposer une demande entre un et trois mois en avance, voire plus longtemps.