La crise économique favorise la fraude au sein des entreprises, révèle une étude publiée jeudi. En Suisse, la plupart des délits sont commis par des cadres ou des membres de la direction. Ils expliquent leur geste par la pression subie ou la volonté de maintenir leur train de vie.

29% des entreprises suisses estiment que la crise augmente le risque de fraude. 17% ont découvert au moins un cas durant la période, pour un total de 1,5 million de francs, selon l’enquête effectuée par PricewaterhouseCoopers (PWC) auprès de 129 sociétés helvétiques de juillet 2008 à juin 2009.

Ce chiffre représente une vingtaine d’entreprises, ce qui semble faible, mais il ne s’agit que de la pointe de l’iceberg, a expliqué Gianfranco Mautone, associé et responsable de l’étude chez PWC Suisse. Faute de contrôle, seuls un petit nombre de cas est découvert. Ainsi, 36% des cas ont été découverts par hasard.

Contrôles internes au second plan

Menée pour la cinquième fois au niveau mondial, l’étude de PWC s’est focalisée sur la crise économique, prouvant que celle-ci a créé un climat propice à la fraude. Les patrons ont actuellement d’autres soucis. Ils mettent la priorité sur la survie de leur entreprise, reléguant les contrôles internes au second plan.

Un quart des sondés affirme aussi ne pas effectuer de contrôle du tout et un peu moins de la moitié n’y recourir qu’une fois l’an. En période de récession, les opportunités sont aussi plus nombreuses, en raison de la réduction des équipes chargées de ces enquêtes.

Pour expliquer leur passage à l’acte, les fraudeurs mettent en avant la pression liée notamment à la peur de perdre son emploi ou à la difficulté d’atteindre les objectifs annoncés. Certains agissent aussi pour maintenir leur niveau de vie, à l’heure où les bonus sont à la baisse.

70% des fraudeurs en Suisse sont des cadres où des membres de la direction, alors qu’au niveau mondial, le taux atteint un peu plus de 50%. Cette situation démontre qu’il ne faut pas exclure la direction des contrôles, note Rolf Schatzmann, associé chez PWC.

Banques et assurances les plus touchées

Le secteur financier – banques et assurances – est le plus touché par la criminalité économique, avec 41% des délits découverts. La complexité des transactions dans ces domaines offre un environnement idéal, selon l’étude. La majorité des fraudes sont des abus de biens (64%). Suivent la falsification des comptes (27%) et les contrefaçons (27%).

Les dirigeants des entreprises semblent faire peu de cas des criminels pris sur le fait: 55% de ceux-ci ont été licenciées, ce qui signifie que 45% ne l’ont pas été, a relevé M. Schatzmann. Seuls 23% ont fait l’objet d’une plainte civile ou pénale.

Dans les douze mois à venir, les entreprises s’attendent à une hausse du nombre de fraudes. Les auteurs de l’enquête de PWC leur conseillent de fixer des objectifs réalistes aux salariés et de développer des contrôles ciblés.

L’étude a été menée auprès de 3000 entreprises de 44 pays, permettant une comparaison globale. 30% d’entre elles ont dit avoir été victimes de fraude sur un an. Près de 40% d’entre elles estiment que la crise économique a favorisé ces délits.