Sous la barre de 90 dollars. Le prix du pétrole a poursuivi sa chute lundi dans le sillage de la crise financière qui sape la confiance des consommateurs. En fin de journée, le baril s'offrait à 87 dollars à Londres, à son niveau le plus bas depuis huit mois et 40% de moins par rapport au sommet atteint en juillet. Il frôlait alors les 150 dollars.

Les explications sont nombreuses. Le plan Paulson voté la semaine dernière aux Etats-Unis pour venir au secours du secteur financier en difficulté n'a pas réussi à restaurer la confiance. Et la conjoncture n'apparaît guère brillante. Le Fonds monétaire international (FMI), qui publie ses perspectives économiques demain mercredi, va réviser le taux de croissance de l'économie mondiale pour 2009 à la baisse.

Les prix record de ces derniers mois et un avenir incertain ont provoqué une baisse de la consommation du pétrole. Aux Etats-Unis, elle a flanché de 7,1% sur un an. En France, elle a chuté de 9,7% en août par rapport à l'an dernier. En Suisse en revanche, elle a augmenté de 4% pour les sept premiers mois de l'année. Mais globalement, y compris dans les pays émergents, qui subissent également un ralentissement, la demande des produits pétroliers diminue et fait baisser les prix.

Conséquence directe de la crise financière, les investisseurs et les banques d'affaires, qui considéraient le pétrole comme un produit financier, se retirent de ce marché. Le prix du baril inclut de moins en moins les coûts de la spéculation. Tout comme il ne comprend plus de prime géopolitique estimée entre 5 et 10 dollars par baril ces dernières années.

«Si le ralentissement économique mondial se poursuit, il peut faire plonger le prix du baril de 47% à 50 dollars d'ici à l'année prochaine», explique Merrill Lynch, cité lundi par Bloomberg.

Matières premières en baisse

Les produits agricoles et miniers connaissent le même phénomène. L'indice Reuters-Jefferies, qui englobe 19 matières premières, a baissé à 280,6 milliards de dollars, soit –43% en octobre comparé au sommet atteint en juillet.

Les prix du soja, référence mondiale des oléagineux, et des céréales ont fortement chuté lundi en Asie, en Europe et aux Etats-Unis. Selon Goldman Sachs, le prix du maïs devrait chuter de 15% sur les six prochains mois à 3,87 dollars le boisseau (56 livres) et celui des fèves de soja de 11% à 8,85 dollars le boisseau. Tous les métaux, à l'exception de l'or qui joue le rôle de valeur refuge par excellence, perdent de la valeur. Goldman Sachs prévoit une baisse de prix du cuivre de 12% à 8265 dollars la tonne et celui de l'aluminium de 18% à 2920 dollars la tonne. Pour la petite histoire, le fabricant autrichien de lingots d'or Ögussa a décuplé sa production pour faire face à l'explosion de la demande. «Nous produisons de 30 à 40 kilos de lingots par jour, soit dix fois plus qu'il y a un an», a indiqué lundi son porte-parole.

«La période où les prix des matières premières ont constamment augmenté est terminée», affirme un analyste cité par Bloomberg, qui ajoute que la demande a été artificiellement augmentée par les spéculateurs. A présent, de nombreux acteurs, UBS par exemple, quittent ce marché.