La crise financière aura réussi cet exploit: réconcilier Jean-Claude Trichet et Nicolas Sarkozy. Ces derniers jours, l'Elysée a fait savoir que les deux hommes se sont parlés, qu'ils se sont vus, qu'ils se respectent. Enfin, pourrait-on dire. Car jusqu'ici, le patron de la Banque centrale européenne (BCE) et le président faisaient davantage figure d'ennemis intimes que de partenaires.

En décembre 2006, Nicolas Sarkozy lançait sa campagne présidentielle en dénonçant «l'autisme d'un certain nombre de banquiers qui ne comprennent pas que la priorité, ce n'est pas la lutte contre une inflation qui n'existe pas, c'est la lutte pour plus de croissance [...]». En juillet dernier, il contestait encore la hausse des taux d'intérêt décidée par la BCE pour combattre une inflation devenue bien réelle.

Certains ont vu derrière ces attaques l'influence d'Henri Guaino, conseiller du chef de l'Etat et pourfendeur notoire de la BCE. Mais le problème semble plus profond: «Sarkozy n'a pas besoin de Guaino pour détester Trichet», expliquait il y a quelques mois un proche de l'Elysée.

La présidentielle de 1995

D'où vient cette inimitié? Peut-être de la terrible élection présidentielle de 1995. Nicolas Sarkozy soutenait Edouard Balladur, qui fut battu au premier tour par Jacques Chirac. Ecarté du pouvoir, il publia ensuite, sous le pseudonyme de Mazarin, des lettres fictives où l'on voit Jean-Claude Trichet, obséquieux à souhait, se vanter d'avoir fait allégeance au camp chiraquien. L'allergie est aussi culturelle. Issu de sérails élitistes - ENA, inspection des finances... - Jean-Claude Trichet est l'incarnation de la «pensée unique», ce mélange d'arrogance technocratique et de rigorisme budgétaire que Nicolas Sarkozy adore prendre pour cible.

Le président de la BCE a longtemps répondu par une forme de mépris, conseillant à Nicolas Sarkozy - sans jamais le nommer - de montrer plus de «discipline verbale». Vendredi, sur Europe 1, il a eu un mot gentil à son égard: durant la crise, estime-t-il, la présidence française de l'Union européenne a été «à la hauteur».