La situation en Irlande suscite des «tensions» et des inquiétudes pour la stabilité financière «dans l’ensemble de la zone euro», a estimé lundi la Commission européenne, tout en affirmant qu’une aide à Dublin n’était pas à l’ordre du jour. «Il est clair qu’il y a des tensions sur les marchés» obligataires, «il est clair que la situation est sérieuse en ce qui ce qui concerne les comptes publics irlandais», a déclaré à la presse le porte-parole de l’exécutif européen pour les dossiers économiques, Amadeu Altafaj.

«Il y a des inquiétudes concernant la stabilité financière de la zone euro dans son ensemble mais il est exagéré de dire qu’il y a des pressions pour pousser l’Irlande en direction d’un quelconque mécanisme» d’aide financière européen, a-t-il ajouté. Il répondait à des rumeurs faisant état de pressions de responsables européens sur Dublin pour que les autorités irlandaises acceptent une telle aide afin de ramener le calme sur les marchés financiers de la zone euro.

«Il est vrai que la Commission est en contact étroit avec les autorités irlandaises et des membres de l’Eurogroupe (le forum des ministres des Finances de la zone euro, ndlr), ce qui est tout à fait normal compte tenu de la situation budgétaire actuelle en zone euro et compte tenu des tensions sur les marchés», où les taux d’intérêt des emprunts obligataires de l’Irlande, de la Grèce et du Portugal ont beaucoup grimpé, a dit le porte-parole.

«Mais de là à dire que ces contacts constituent, comme je l’ai lu dans certains articles de presse, des négociations au sujet d’un plan de sauvetage et autres exagérations de ce type, il y a un grand pas», a dit Amadeu Altafaj. A ce stade, a-t-il réaffirmé, il n’est pas question de déclencher un programme d’aide pour l’Irlande, confrontée à une très grave crise bancaire, suite à l’explosion d’une bulle immobilière, et à un déficit public très élevé.

«Comme les autorités irlandaises l’ont dit à plusieurs reprises, elles n’ont pas déposé de demande quelconque d’assistance» et les besoins de financement public du pays «sont pleinement couverts jusqu’à l’été 2011», a-t-il dit.

L’Irlande doit régler ses difficultés elle-même, a insisté lundi le ministre irlandais des Affaires européennes, Dick Roche. «Nous devons résoudre nos problèmes nous-mêmes. Nous devons calmer cette histoire et nous atteler à résoudre nos propres problèmes», a-t-il affirmé.

Selon certains journaux, des discussions ont eu lieu ce week-end entre responsables européens sur l’éventualité d’un programme d’aide de plusieurs dizaines de milliards d’euros, mais sans qu’une décision soit prise. Ce programme pourrait porter uniquement sur le secteur bancaire.

Les ministres de l’Eurogroupe doivent se retrouver mardi à Bruxelles pour une réunion mensuelle programmée de longue date, mais qui devrait être dominée par l’Irlande.

Le porte-parole de la Commission a rappelé que la zone euro s’était dotée depuis le printemps, suite à la crise grecque, d’un mécanisme d’aide financière disponible si nécessaire pour les pays qui en auraient besoin.

Dans un premier temps, la Commission européenne peut mettre à disposition une enveloppe de prêts de 60 milliards d’euros garantis par l’UE. Cette décision peut être prise assez rapidement.

Au-delà, un pays concerné devrait faire appel au Fonds européen de stabilité financière. Il prévoit une enveloppe de 440 milliards d’euros de garanties de prêts de ses partenaires de l’Union monétaire. La mise en place de ce dispositif est toutefois plus lourde. Il est complété en outre par des prêts potentiels du FMI à hauteur de 250 milliards d’euros.

C’est dans ce contexte incertain que le ministre portugais des Finances, Fernando Teixeira dos Santos, a demandé lundi à Dublin de prendre en considération les autres pays de la zone euro, dans un appel indirect au gouvernement irlandais pour qu’il accepte une aide financière extérieure. Dans une interview à l’agence de presse financière Dow Jones Newswires, il a évoqué l’effet de «contagion» pour le Portugal de la hausse des taux des obligations d’Etat irlandaises.

«Je ne voudrais pas faire la leçon là-dessus au gouvernement irlandais, mais je veux croire qu’il décidera ce qui est le plus approprié à la fois pour l’Irlande et pour l’euro. Je veux croire qu’il saura prendre la bonne décision», a assuré le ministre portugais.

La semaine dernière, dans le sillage de l’Irlande, le Portugal s’était à son tour retrouvé dans la mire des marchés financiers, le taux de rendement des obligations d’Etat atteignant des niveaux historiques, en dépit du vote en première lecture d’un budget d’une rigueur sans précédent.

Le gouvernement socialiste minoritaire et l’opposition du centre-droit doivent reprendre lundi leurs discussions en vue d’une adoption définitive du texte.

Dans ce contexte, le ministre des Affaires étrangères et n° 2 du gouvernement, Luis Amado, avait mis en garde ce week-end l’ensemble des responsables politiques contre «la gravité et la complexité de la crise».

«Si nous ne sommes pas capables de garantir les conditions de confiance et de gouvernabilité du pays, nous pourrons être confrontés à une situation absolument dramatique», a averti le ministre Amado, cité par l’hebdomadaire Expresso. «L’alternative […] est, à terme, une sortie de l’euro», a estimé le ministre, partisan de longue date d’un gouvernement de coalition.