Les pays émergents réussiront-ils à surmonter la crise financière? Au contraire des économies industrialisées, dont les indicateurs conjoncturels ne cessent de se dégrader, la Chine ne montre, jusqu'à présent, que peu de signes de ralentissement. En septembre, la quatrième économie mondiale a enregistré un nouvel excédent record de sa balance commerciale de 29,3 milliards de dollars. Ce montant dépasse le dernier record mensuel de 28,7 milliards en août dernier, indiquent lundi les Douanes. Les exportations chinoises - en hausse de 21,5% sur un an à 136,4 milliards de dollars, contre des importations en augmentation de 21,3% à 107,1 milliards - ont contribué à accroître cet écart. Il vient renforcer les réserves de change de la Chine estimées à quelque 1800 milliards de dollars.

Tassement perceptible

Si la Chine ne semble pas encore trop affectée par le ralentissement global de l'économie, certains signes de tassement de la conjoncture sont néanmoins perceptibles. Depuis début 2008, les exportations chinoises progressent moins vite que le niveau record de 25,7% enregistré pour l'ensemble de 2007. Mesurée en volume, la croissance des exportations de la Chine tombe même en dessous de 10%. La semaine dernière, le Fonds monétaire international (FMI) a ramené sa prévision de croissance pour le produit intérieur brut (PIB) chinois à 9,3% pour 2009, contre 10,1% au deuxième trimestre 2008.

La Chine a-t-elle la capacité de traverser la crise financière actuelle? «Il n'est pas mauvais d'avoir un important excédent commercial lorsque survient une crise financière globale», remarque Wang Qian, économiste chez J.P. Morgan à Hong Kong, cité par l'agence Bloomberg. Toutefois, pour de nombreux commentateurs, les deux derniers mois de 2008 seront décisifs pour les exportations de la Chine, en particulier pour des biens comme l'électronique de consommation.

Dans une étude récente, Merrill Lynch relativise cependant la dépendance de l'économie chinoise envers ses seules exportations. «La valeur ajoutée des exportations représente 11% du PIB chinois, le reste est constitué par la demande intérieure. C'est pourquoi des mesures d'incitations fiscales devraient permettre de soutenir la croissance», indique l'établissement. La banque anticipe une croissance de 9,2% du PIB chinois en 2009, après 10% cette année.

Baisse au Brésil et en Russie

Tous les pays émergents ne disposent pas d'aussi bonnes cartes. La forte correction du prix des matières premières affaiblit les revenus de pays tels que la Russie ou le Brésil. Depuis début juillet, l'indice Reuters/Jefferies CRB, qui inclut 19 matières premières, a chuté de 39%. Les bourses de Moscou et de Sao Paulo reculent de respectivement 65 et 38% depuis début janvier, davantage que les principales places européennes. Pour 2009, Merrill Lynch anticipe une nette décélération de la croissance du PIB russe à 5,8% (7,4% en 2008) et à 3,8% au Brésil (5,1% cette année). Seule l'Inde (7,7%) devrait maintenir l'an prochain son rythme de croissance. Dans tous les cas, le FMI anticipe un sérieux ralentissement: l'institut a abaissé sa prévision de croissance de l'économie mondiale à 3% pour 2009, contre 3,9% pour l'année en cours et comparé à 5% en 2007.