Menacé de poursuites au civil par le ministère américain de la Justice dans la crise des opiacés, le géant américain de la distribution Walmart a contre-attaqué jeudi en dénonçant devant un tribunal une tentative injuste du gouvernement de lui faire «porter le chapeau» pour la surconsommation de médicaments opiacés ultra-addictifs.

Dans sa plainte enregistrée devant un tribunal fédéral du Texas, la chaîne de supermarchés - qui compte quelque 5000 magasins aux Etats-Unis, avec presque tous des points pharmacie - estime qu'en reprochant à ses pharmaciens de ne pas avoir refusé de fournir des opiacés prescrits par les médecins, le ministère de la Justice et l'agence américaine de régulation des médicaments DEA mettaient les pharmaciens «dans une position intenable».

Un pharmacien n'a pas la formation nécessaire pour refuser de fournir des médicaments prescrits par un médecin certifié par la DEA, défend Walmart. Il pourrait même, ce faisant, «perdre sa licence» ou «nuire à la santé d'un patient».

La DEA accusée de chercher à se dédouaner

Poussés par un marketing agressif des laboratoires pharmaceutiques, auprès des médecins surtout, la prescription de médicaments anti-douleur opiacés, jusque-là réservés aux maladies graves, a explosé à la fin des années 90. Cette surconsommation a entraîné une dépendance aux opiacés à l'origine de plus de 450 000 morts par overdose depuis 20 ans, selon les Centres de prévention des maladies (CDC).

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Walmart accuse la DEA de chercher à se dédouaner de ses «profondes erreurs» dans la gestion de cette crise: des audits ont en effet conclu que l'agence fédérale n'avait pas, comme elle aurait dû, empêché les laboratoires de produire des quantités toujours plus importantes de ces médicaments ni, dans 70% des cas, retiré leur licence aux médecins dont les ordonnances étaient mises en cause.

Des plaintes de grands distributeurs de médicaments américains

A en croire la plainte, le ministère et la DEA s'acharnent contre Walmart, en dépensant depuis plusieurs années des sommes considérables pour une enquête qui, faute de déboucher sur des poursuites pénales, viserait maintenant à lui arracher des dommages substantiels au civil. Le groupe demande donc au tribunal texan de dire clairement que le groupe et ses pharmaciens n'avaient pas les responsabilités légales que voudraient lui attribuer le gouvernement et la DEA.

D'autres grands distributeurs de médicaments américains - comme Cardinal Health ou McKesson - ont été attaqués en justice par des autorités locales ou des Etats, qui les accusent d'avoir fermé les yeux sur des millions d'ordonnances de médicaments opiacés alors qu'ils les savaient addictifs.

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Un règlement à l'amiable a été trouvé entre trois distributeurs et deux comtés de l'Ohio en octobre 2019, ouvrant la voie à un règlement plus global actuellement en négociations. Mercredi, le ministère de la Justice a annoncé que Purdue Pharma, fabricant de l'opiacé OxyContin, avait accepté de plaider coupable dans le cadre d'un accord chiffré à 8,3 milliards de dollars.