La Banque mondiale (BM) a inauguré lundi la série de rapports, études, bilans et autres évaluations qui vont se multiplier à la veille de la conférence de l’ONU qui fera le point à deux tiers de parcours des Objectifs du millénaire (ODM) la semaine prochaine à New York. Fixés en 2000, ceux-ci visent à réduire de moitié la pauvreté dans le monde en 2015.

Le constat est sans appel: 64 millions de personnes additionnelles sont tombées sous le seuil de l’extrême pauvreté. L’an dernier, 40 millions ont rejoint la horde qui n’a même pas un repas par jour.

L’avenir n’est pas moins sombre. En 2015, près de 38% de la population en Afrique subsaharienne, soit 366 millions de personnes, vivront avec moins de 1,25 dollar par jour et 1,2 million d’enfants de plus que prévu mourront avant d’atteindre 5 ans. Quelque 100 millions de personnes de plus n’auront toujours pas accès à de l’eau potable.

Pour la BM, l’institution chargée de lutter contre la pauvreté dans le monde, cette aggravation s’explique: la crise financière et économique qui a jeté des dizaines de millions de travailleurs dans la rue. Mail il y a eu aussi la flambée des denrées alimentaires et de produits énergétiques. «Sans ces «accidents», le monde aurait fait un pas décisif pour atteindre les ODM en 2015», explique un cadre de la BM.

Selon l’institution, des progrès notables ont été réalisés depuis 2000. «Sur 84 pays en développement, 45 ont déjà atteint ou sont en voie d’atteindre les ODM à temps», note le rapport. Globalement, le pourcentage de pauvres ayant 1,25 dollar par jour atteindra 15% de la population mondiale, bien au-dessous de l’objectif de 21%. Un résultat dû notamment à la Chine où le nombre de personnes pauvres est déjà passé de 683 à 208 millions en 10 ans. «Le point noir reste l’Afrique subsaharienne et les pays d’Asie du sud, notamment le Pakistan, le Bangladesh et l’Afghanistan», poursuit le spécialiste.

Les crises n’ont-elles pas bon dos pour expliquer l’échec des ODM en Afrique? «Non, explique-t-il. La tragédie est que les pays pauvres ont été touchés de plein fouet par les crises alors que d’autres pays moins vulnérables ont pu y résister.»

«Il est aussi vrai que des promesses d’aide n’ont pas été tenues», renchérit un autre cadre de la banque. Il rappelle que lors du sommet de L’Aquila, en Italie en 2009, le G8 s’était engagé à investir 22 milliards de dollars dans l’agriculture dans les pays pauvres pour éviter des crises alimentaires à l’avenir, mais n’a pas donné suite.