Le risque d’approvisionnements pétroliers peinant à rassasier la boulimie énergétique mondiale semble écarté pour quelques années à en croire le volumineux rapport prospectif publié ce matin par l’Agence Internationale pour l’Énergie (AIE). Selon ce «Medium-term oil market report», les besoins mondiaux d’hydrocarbures devraient, au mieux, croître de 0,6% par an entre 2008 et 2014. À cette date la planète brûlera 89 millions de barils par jour, contre 85,8 millions l’an dernier. Cette estimation est basée sur les prévisions économiques formulées par le Fonds Monétaire International en avril – à savoir une expansion de l’activité mondiale atteignant à nouveau le rythme de 5% par an à partir de 2012. Cette prévision est près de trois fois inférieure à celle formulée il y a un an par l’agence conseillant les pays industrialisés de l’OCDE en matière énergétique. L’AIE prévoyait alors une envolée des besoins en hydrocarbures de la planète au rythme de 1,6% entre 2007 et 2013… et mettait en garde contre des tensions accrues sur le marché pétrolier dès 2010.

L’organisation représentant la voix des pays importateurs sur la scène énergétique envisage même un scénario repoussant encore davantage l’irruption d’un choc pétrolier. Ce dernier est basé sur une reprise de l’activité mondiale inférieure d’un tiers à celle envisagée par le FMI, la croissance redémarrant très lentement et ne dépassant pas 3% par an à partir de 2012. Dans un tel cas de figure, la demande de pétrole ne cesserait de se contracter (au rythme de -0,2% par an) jusqu’en 2014. À cette date le monde brûlerait 84,9 millions de barils chaque jour, soit un peu moins que ce qui était consommé l’an dernier.

Quelles sont les conséquences de ces scénarios en terme d’équilibre du marché mondial du pétrole?

Dans le premier cas – celui où la croissance repart rapidement – «le marché recommence à se tendre» à partir de 2012 prévoit l’AIE. Ce qui signifie que la menace d’approvisionnement peinant à suivre les besoins mondiaux – brandie il y a encore un an – serait simplement retardée de quelques années. Dès 2013-2014 «les capacités de production excédentaires n’attendraient plus que 3 à 4% [des besoins]», ce qui, selon l’AIE augurerait d’un marché à nouveau «volatil»; c’est-à-dire de fluctuations des cours du brut à nouveau très brutales.

Si le scénario, plus sombre – celui d’une activité économique mondiale ne parvenant pas à retrouver la croissance connue avant la crise financière – se concrétise, la situation sur marché du pétrole sera plus «confortable» et pourra «encaisser plus facilement tout problème touchant les approvisionnements». Ceci permettrait en particulier de digérer, sans explosion des cours, une baisse de la production pétrolières dans les pays n’appartenant pas à l’Opep (Russie par exemple). Un tel ralentissement du rythme d’extraction pourrait être causé par la persistance de la crise économique, qui limite les investissements réalisés sur les champs pétroliers. Fin mai, l’AIE avait ainsi prévenu les ministres de l’énergie des pays du G8 que les budgets dans le secteur pétro-gazier avaient d’ors et déjà été sabrés de 21% pour 2009... soit une réduction de 100 milliards de dollars des dépenses mondiales consacrées à l’exploration et à la production. Ainsi entre octobre 2008 et avril 2009 une vingtaine de «méga-projets», qui devaient accroître la production mondiale de 2 millions de barils par jours ont été reporté sine die ou carrément annulés.

En ce qui concerne le prix du pétrole, l’AIE estime que dans les deux cas de figure envisagés, le cours du baril devrait s’installer vers les 60 dollars en moyenne sur l’ensemble de l’année 2010; puis inexorablement monter au-delà de 70 dollars (toujours en moyenne annuelle) à partir de 2013. Pour rappel, le prix du brut avait atteint de 100 dollars en moyenne en 2008, année de tous les records (147 dollars en juillet 2008).