Les agriculteurs ne sont pas les infirmiers. Mais ils font partie de ces métiers essentiels dont le rôle a été remis en lumière par la crise sanitaire. «Jamais je n’aurais pensé que l’agriculture puisse prendre tout à coup une si grande importance. Elle a obtenu beaucoup de respect de la part de la population», s’est réjoui mercredi Urs Brändli, le président de Bio Suisse.

L’organisation de défense de la production biologique présentait son bilan 2019. L’occasion aussi, pour Bio Suisse, de publier des chiffres encourageants pour ce segment alimentaire. Année après année, celui-ci devient une habitude des consommateurs suisses. Avec une dépense annuelle de 377 francs par habitant – pour des ventes totales de 3,2 milliards de francs l’an dernier –, les Suisses sont les champions du monde en la matière, aime à rappeler Bio Suisse.

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Et ce n’est plus seulement grâce aux Alémaniques, qui ont longtemps eu un temps d’avance. Pour la première fois, la part du marché du bio en Suisse romande est plus élevée qu’outre-Sarine: 10,5%, contre 10,4% (et 8,9% au Tessin). «Ce n’est pas parce que nous y avons intensifié la promotion ou les actions spécifiques, précise le responsable romand de Bio Suisse, Pascal Olivier. C’est le résultat de la volonté des consommateurs.» Ce à quoi il faut ajouter une baisse des importations d’aliments bios venus de France, dont la production est de plus en plus consommée sur leur propre territoire.

Les cantines et les pendulaires

Saisonnalité, régionalité, durabilité. Trois principes que soutient et que répète Bio Suisse à l’envi. Et qui, avant même que ne débute cette crise durant laquelle les ventes de ces produits ont progressé de 30%, ont permis au bio de se faire sa place. Côté offre, il y a 7300 fermes et exploitations qui produisent selon le cahier des charges de l’organisation. C’est 300 de plus qu’à la fin de 2018, dont 84 en Suisse romande. Un sixième des surfaces agricoles utilisées dans le pays est désormais dévolu à ce type de cultures.

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Les produits frais restent les plus demandés. Environ un quart des œufs, des pains et des légumes vendus en Suisse sont bios. Pour l’instant, les aliments préemballés n’atteignent que 7,4% de parts de marché. Mais d’autres denrées connaissent un réel succès. En ce moment, c’est par exemple le cas du lait et du beurre. A tel point que l’offre peine à suivre la demande. Pour éviter les goulets d’étranglement, il a donc été décidé d’annuler, à partir du 1er juin, les listes d’attente pour les nouvelles fermes bénéficiant du label Bourgeon.

Si l’organisation ne veut pas attendre, c’est parce qu’elle a des objectifs pour 2025. Parmi eux, une part de marché de 15%. Pour y arriver, l’accent sera par exemple mis sur les plats à l’emporter, les rayons des shops de stations-services, les kiosques et la restauration collective.

C’est le prochain défi de la branche: faire en sorte que le retour à la normalité, tant en termes de travail que de pendularité, ne se fasse pas au détriment des produits plus durables. Au contraire, Bio Suisse espère que l’expérience du Covid-19 aura modifié les habitudes de consommation de manière permanente. Et peu importe si personne n’applaudit les agriculteurs, chaque soir à 21 heures.


Les Suisses s'arrachent pommes (dont les bio), poires et carottes

Avec la longue fermeture des marchés, on pouvait penser que les producteurs suisses de fruits-légumes souffriraient. Il n’en est rien pour certains d’entre eux.

Les deux instances de la branche, Swiss Cofel et Fruit-Union Suisse, indiquent que les stocks de pommes baissent sensiblement. Leur diminution ces temps dépasse de loin celle des quatre dernières années. Le contingent d’importation est relevé. La situation est comparable pour les poires.

S’agissant de production biologique, la faîtière Biosuisse note que «les stocks se vident. Les entrepôts devraient être vides d’ici à la fin du mois de mai.»

Marcel Jampen, de Swiss Cofel, explique: «Il y a eu un effet énorme ces dernières semaines. Les Suisses ont acheté beaucoup plus de fruits de garde, pommes et poire, et dans les légumes, nous notons aussi de fortes hausses dans les carottes: le chiffre d’affaires sera d’au moins trois fois supérieur à la moyenne.»

Il estime que l’absence des marchés a été compensée «par la vente directe, chez les producteurs ou en réseau, qui a connu des hausses très importantes». (N. Du.)