L'empire AOL Time Warner, leader mondial des médias, est ébranlé. L'annonce cette semaine de la suppression de 5000 employés d'ici à six mois chez AOL, soit plus du quart des effectifs totaux (19000 collaborateurs), reflète le virage stratégique que le fournisseur d'accès à Internet est contraint de suivre. Objectif: rattraper le retard sur les géants Yahoo!, Google et MSN qui offrent des services gratuits.

Dès le mois prochain, AOL offrira gratuitement aux utilisateurs du haut débit son logiciel d'installation, incluant courrier électronique et fonctions de sécurité. Le fournisseur d'accès veut se concentrer désormais sur les revenus liés à la publicité pour compenser l'érosion du nombre de clients. Entre septembre 2002 et juin 2006, leur nombre a chuté de 26,7 millions à 17,7 millions.

Ce recul illustre le déclin de l'empire des dotcoms. A fin 1999, soit durant la bulle Internet, Time Warner valait plus de 300 milliards de dollars. Aujourd'hui, le groupe fusionné ne pèse plus que 67,5 milliards. La société, en raison de ses problèmes financiers dus à la perte de confiance des investisseurs dès 2000, n'a ni investi dans la vidéo ni dans la musique sur Internet, soit deux activités qui lui auraient permis d'engranger de gros revenus. «Ils ont pris du retard dans le contenu, alors qu'avec le catalogue de Time Warner, AOL était le mieux placé au monde avec Vivendi Universal. Mais le groupe n'a pas su optimiser ses synergies», souligne Clément Charles, patron de la firme genevoise Toutlecontenu.com.

Une alliance historique

Pourtant, le 10 janvier 2000, lorsque le rachat de Time Warner par AOL est annoncé, il s'agit de la fusion la plus importante de l'histoire. AOL Time Warner est évalué à 280 milliards de dollars. Ce rapprochement consacre le pouvoir tout-puissant des sociétés actives sur la Toile, la prise de contrôle de la Nouvelle Economie sur la Vieille. «L'aube du siècle d'Internet, la révolution digitale. La réussite d'une telle fusion est une question d'hommes», proclament de concert Steve Case et Gerard Levin, présidents respectifs d'AOL et de Time Warner, lors de l'annonce de la fusion.

L'éclatement de la bulle Internet dès mars 2000 frappera AOL Time Warner de plein fouet. «Ce qui sauve cette société, ce sont les actifs de Time Warner», résume le gestionnaire Ajay Mehra dans LeMonde du 28 décembre 2001.

En 2002, AOL Time Warner enregistre la plus grande perte d'une entreprise américaine, notamment à cause d'AOL et de changements de règles comptables: 98,7milliards de dollars. Gerard Levin et Steve Case s'en vont. Ce dernier est remplacé par Richard Parsons, avec lequel le courant ne passait pas. En 2003, les ventes d'AOL baissent encore de 5%, alors que Time Warner progresse. Un an plus tard, le rebond de la publicité en ligne permet au fournisseur d'accès d'enregistrer un bénéfice de 934 milliards de francs, en hausse de 41%.

Malgré la croissance en 2005, le gérant activiste de hedge fund Carl Icahn, actionnaire important du groupe, a exigé cette année la séparation des deux entités, sans succès. Entre ces dernières, la différence de culture est peut-être à l'origine de l'échec de cette mégafusion. «Peu de collaborateurs de Time Warner ont quelque chose de bien à dire sur AOL. Leurs employés ont l'habitude d'être arrogants», souligne The Economist.