Commentaire La crise de trop ou une chance de plus à saisir?

L’OMC est souffrante. Depuis fort longtemps. D’un espoir de rémission fin décembre à Bali, l’affection a récidivé. Avec une intensité si inédite qu’aujour­d’hui l’entité présente toutes les caractéristiques du malade en phase terminale. Faut-il pour autant la condamner et, déjà, l’enterrer?

Pas encore, estiment certains diplomates – partisans du «too big to fail» –, alors que les capitales, elles, paraissent convaincues du contraire. L’un des scénarios à éviter, selon le représentant de l’Union européenne, serait d’avoir à replanter, une à une, les graines du multilatéralisme à la genevoise.

Au fond, pourquoi pas? Les chevilles ouvrières du bout du lac n’envisagent pas de lâcher prise. S’autoriser à faire table rase du passé semble leur faire craindre une sortie – plus ou moins durable – des radars de leurs gouvernements et parlements, désormais occupés à jardiner leurs accords bilatéraux.

Réinséminer le commerce mondial, quand ce dernier implique 160 partenaires, constitue certes un travail de longue haleine. Mais cette entreprise offrirait l’espoir de repeupler la forêt multilatérale avec des essences moins inflammables. Soit sans doute des arbres plus chétifs, mais davantages résistants aux atteintes de pyromanes.

Quasi plus personne, à l’heure actuelle, ne croit en la possibilité de boucler Doha, soit un agenda vieux de plus d’une décennie. Redéfinir les contours du mandat de l’OMC, tenant compte du nouvel équilibre mondial, sans réintroduire–- telles quelles–- des sources systématiques de blocages, constituerait une planche de salut. Le multilatéralisme, dont l’OMC se revendique le fer de lance, est aussi en crise partout ailleurs. A l’entité basée à Genève de saisir sa chance, faisant de ses tensions internes un exemple à suivre pour l’ensemble de la communauté internationale.