Argentine

Cristina Kirchner de nouveau inculpée

L’étau se resserre autour de l’ancienne présidente et de Lazaro Baez, un entrepreneur proche du clan Kirchner accusé d’avoir blanchi quelque 60 millions de dollars en Suisse

L’Argentine termine l’année comme elle l’a commencée. Dans un climat économique délétère – marqué par l’inflation et un haut déficit public – et une transition politique difficile, de nouvelles accusations de corruption visent le clan Kirchner, au pouvoir de 2003 à 2015. Mardi, la justice argentine a inculpé l’ancienne présidente Cristina Fernandez de Kirchner pour «association illicite et administration frauduleuse», selon l’acte d’accusation du juge Julian Ercolini, qui a ordonné le gel de 666 millions de dollars. Une somme correspondant aux fonds sous investigation.

Pour la justice argentine, il y a eu, durant le mandat kirchneriste, une «planification criminelle» orchestrée depuis les plus hautes instances du pouvoir et destinée à favoriser l’entrepreneur Lazaro Baez. Ancien fonctionnaire de province, ce dernier s’est reconverti dans la construction pendant l’ascension politique de son ami d’enfance, l’ancien président Nestor Kirchner (décédé en 2010). Pendant les douze ans de règne du clan Kirchner, il aurait remporté près de 80% des mandats publics dans la lointaine province australe de Santa Cruz (300 000 habitants), d’où sont originaires les deux hommes. Des contrats pour une valeur de quelque 3,3 milliards de dollars, selon un audit gouvernemental.

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La Suisse collabore dans cette affaire

Les Kirchner sont accusés de s’être enrichis en prélevant en fin de parcours une partie de cette somme. Lazaro Baez, en détention préventive depuis avril, aurait, lui, blanchi une partie de cette somme en Suisse, notamment via les banques Lombard Odier et J. Safra Sarasin, selon la demande d’entraide judiciaire que «Le Temps» pu consulter. La demande de documents bancaires provenant des autorités argentines est en cours d’évaluation, indique un porte-parole du Ministère public de la Confédération.

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La justice argentine s’attaque à toute la chaîne de responsabilités. En atteste l’arrestation en juin de José Lopez, ex-ministre des Travaux publics de Cristina Kirchner, alors qu’il tentait d’entrer dans un couvent des environs de Buenos Aires avec une arme semi-automatique et des sacs contenant près de 9 millions de dollars.

Un procès des plus politisés

Cristina Kirchner – également inculpée en mai pour spéculation sur le peso via des opérations de la Banque centrale – réfute toutes les accusations et dénonce un procès politique. Sur Twitter, son ancien ministre Julio de Vido parle d’un «acte d’accusation adapté aux nécessités politiques [du président] Macri». L’annonce est tombée alors que l’économie argentine est au plus bas (elle devrait se contracter de 2% en 2016), poussant l’actuel président de centre droit à procéder à son premier remaniement gouvernemental en se séparant de son ministre des Finances, Alfonso Prat-Gay.

Depuis avril, l’ancienne cheffe d’Etat a déjà été auditionnée à plusieurs reprises par les juges. Alors que le gouvernement doit convoquer des élections législatives courant 2017, c’est l’avenir politique de Cristina Kirchner qui est en jeu. Entre-temps, chacun de ces rebondissements politico-judiciaires donnera l’occasion aux deux camps de remobiliser leurs militants.

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