«Qui a peur de Huawei?» Cette semaine, le titre de couverture de l’hebdomadaire The Economist est accompagné d’immenses téléphones aux couleurs chinoises scrutant une ville américaine. «C’est une belle coïncidence que nous nous présentions aux médias suisses alors que paraît ce numéro», sourit Felix Kamer, responsable des ventes de Huawei Suisse, tout en… distribuant des copies de The Economist. Jeudi, la firme télécoms chinoise a présenté le premier téléphone (modèle Ascend P1) qu’elle vendra en Suisse sous sa propre marque, dès le 15 août, via Sunrise.

Si Huawei se développe en Suisse, elle fait face à des murs aux Etats-Unis et en Australie. Par crainte de cyberespionnage du gouvernement chinois, les autorités américaines ont conseillé à leurs opérateurs de n’acquérir aucun matériel pour leur réseau chez Huawei. Pour le même motif, l’Australie a écarté Huawei pour un futur réseau fixe à très haut débit. «Ces peurs sont totalement dénuées de fondement, assure Felix Kamer. Nous n’avons aucun lien avec les autorités chinoises, nous sommes une entreprise à part entière.» Certes, mais Huawei n’a-t-elle pas été créée par Ren Zhengfei, ancien haut cadre de l’armée chinoise? «Oui, mais il ne détient plus que 1,38% du capital, poursuit Felix Kamer. De très nombreux opérateurs mondiaux, tel Vodafone, nous font confiance tant en Europe qu’en Asie, en Afrique ou au Canada, les accusations de risque de cyberespionnage ne sont étayées par aucun fait.»

Huawei, au coude-à-coude avec Ericsson sur le marché des équipements télécoms avec ses 30 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel, est présent en Suisse depuis 2008. Via la vente d’équipements pour le réseau fixe de Swisscom. Et via, depuis le 1er septembre prochain, la gestion du réseau mobile de Sunrise. Huawei comptera ainsi dès cet automne 400 employés à Zurich et 100 à Berne. «Avoir Swisscom, puis Sunrise comme clients prouve que nous sommes sérieux. Nous ne gagnons pas des marchés en cassant les prix. Même si nous étions 5% moins chers que nos concurrents, ce ne serait pas suffisant pour les opérateurs pour nous choisir. Leur infrastructure est tellement importante. Nous faisons la différence avec nos produits innovants», assure Felix Kamer, qui a auparavant travaillé dix ans chez Swisscom.

Swisscom, justement. Interrogé mercredi au sujet de ses équipements, son directeur a été clair: «Il n’y a aucun souci pour acquérir du matériel étranger. Par contre, nous préférons gérer nous-mêmes notre réseau et ne pas y donner accès à des entreprises étrangères», a affirmé Carsten Schloter. Un signe de défiance envers Huawei? «Pas du tout, il est normal que les opérateurs historiques conservent ce domaine, répond Felix Kamer. Confrontés à davantage de pression financière, les opérateurs alternatifs sous-traitent plus facilement l’exploitation de leur réseau.» Ce que fera Sunrise dès le 1er septembre. En avril, son directeur affirmait avoir choisi Huawei car c’était un «partenaire fiable».

Reste que, en Suisse aussi, Hua­wei fait face à une certaine défiance. Ainsi, le conseiller national Antonio Hodgers (Verts/GE) a déposé une motion demandant au Conseil fédéral de se doter d’un dispositif légal de protection des réseaux numériques nationaux. «Nous sommes ouverts à toute discussion, mais il n’y a aucune crainte à avoir», répète Felix Kamer.

«Ces peurs sont sans fondement. Nous n’avons aucun lien avec les autorités chinoises»