Constructeurs, équipementiers, sous-traitants, salariés. L’ensemble des acteurs du secteur automobile français, sous le choc depuis l’annonce par PSA de la suppression de 8000 emplois en France, attendaient en retenant leur souffle le plan de soutien concocté par le gouvernement. «A mon avis, toute la filière va être déçue», prévoit Bernard Jullien, économiste à l’Ecole nationale supérieure de Cachan et directeur d’un réseau international de recherche sur l’industrie automobile, le GIS-Gerpisa. «Le plan ne résout en rien la question de la surproduction des sites français et européens. Le soutien n’est pas anecdotique mais presque», commente-t-il après la présentation des mesures par Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif.

Le ton est tout autre du côté de l’exécutif. Le gouvernement «porte le projet de la voiture propre et populaire», se félicite Arnaud Montebourg. «Nous voulons faire de la transition énergétique une chance industrielle.» Mesure phare, un système de bonus/malus sera mis en place. Le bonus maximal à l’achat de véhicules électriques sera porté à 7000 euros; celui pour les véhicules hybrides passera à 4000 euros; celui pour les véhicules thermiques faiblement émetteurs de carbone sera augmenté de 100 à 150 euros. Cela permettrait d’abaisser à 13 400 euros le prix de la Renault Zoé, véhicule électrique dont la commercialisation vient d’être repoussée à 2013. Le coût du dispositif pour 2012 est estimé à 490 millions d’euros; les malus seront précisés dans le projet de loi de finance pour 2013.

Pour donner l’exemple d’un «nouveau mode de vie», les pouvoirs publics augmenteront leurs commandes: au moins 25% des véhicules achetés par l’Etat seront électriques ou hybrides, soit 40 000 à 50 000 véhicules en quatre ans. Douze villes fran­çaises, dont Grenoble et Strasbourg, seront équipées de bornes de recharge, par la réallocation de 50 millions d’euros du programme d’investissement d’avenir. Les réactions tombées hier confirment l’appréciation de Bernard Jullien. La droite estime que le problème structurel de l’industrie automobile n’était en rien réglé, ni en termes de coût du travail, ni en termes de flexibilité. «La compétitivité est au cœur du problème et c’est la grande oubliée de ce plan», dénonce Jean-François Copé, le patron de l’UMP.

«Inconsistant», «insuffisant», «belles paroles», «écrans de fumée»: les syndicats et de nombreux acteurs de la filière, qui représente plus de 800 000 salariés, rivalisent d’expressions pour exprimer leur déception. «L’hybride représente 0,8% du marché, l’électrique trois fois moins», explique Bernard Jullien. «Augmenter l’aide permettra peut-être de faire démarrer ce marché, mais guère plus.» Pour cet expert, «on ne peut pas non plus s’attendre à une envolée massive de l’hybride, car les prix restent élevés sur cette gamme. Ce plan est un rendez-vous manqué». Sur les six premiers mois de l’année, 10 000 véhicules hybrides ont été vendus en France, quand 140 000 voitures sortent du site d’Aulnay chaque année.

Un autre chiffre illustre le déclin de la filière: en 2011, la France a produit 2,2 millions de véhicules, contre 3,5 millions en 2005. Seul un tiers des véhicules immatriculés dans l’Hexagone y sont fabriqués. Sur cette question, Arnaud Montebourg a fièrement sorti une botte secrète, annonçant avoir convaincu des «cinéastes engagés», Cédric Klapisch et Luc Besson, de vanter dans des publicités l’automobile «made in France».

«La compétitivité du secteur est au cœur du problème et c’est la grande oubliée de ce plan»