Au lendemain de la démission de Moritz Suter de SAirGroup, les rumeurs vont bon train. Qui sera son remplaçant et qu'elles sont les responsabilités du conseil d'administration dans ce qui est devenu le feuilleton cauchemardesque de Swissair? Le nom le plus souvent avancé est celui de l'actuel patron de Sabena, Christophe Müller, celui qui a remplacé Paul Reutlinger lorsque celui-ci a été appelé au chevet des compagnies françaises (AOM, Air Liberté et Air Littoral), puis qui a ensuite démissionné en février. Les filiales du groupe helvétique ne sont donc pas non plus épargnées. Le voyagiste aérien allemand LTU, dont SAirGroup détient 49,9%, vit une vague de départs. Une semaine après le retrait du président de la direction Peter Frankhauser, c'est autour de Peter Haslebacher – qui avait été à l'époque candidat à la reprise de la gestion de Palexpo à Genève – de rendre jeudi son tablier.

Les choses se passent autrement ailleurs

Les membres du conseil d'administration de SAirGroup restent muets, ceux qui sont censés représenter les actionnaires du groupe. Les critiques les plus virulentes leur sont pourtant adressées, y compris par la cotation du titre à la Bourse qui a joué au yo-yo, jeudi, pour finalement clôturer à 200 francs. «Cela fait des années que nous leur disons: votre stratégie n'est pas la bonne», explique un analyste qui ne tient pas à être cité. La composition du conseil d'administration est-elle alors adéquate pour gérer SAirGroup? Aucune loi n'oblige, en Suisse, de nommer expressément des experts de la branche. Dans d'autres pays européens, les choses se passent différaemment. En Allemagne, Lufthansa doit avoir des représentants syndicaux – en prise directe avec les problèmes aériens – dans son conseil d'administration. Idem chez Air France, dont 7% du capital appartient au personnel. Aux Etats-Unis, chez United Airlines, par exemple, les salariés ont une grosse participation dans le capital de la compagnie et donc sont aussi largement représentés au sein du conseil. «Outre-Atlantique, les administrateurs sont responsables pour les erreurs stratégiques. Depuis longtemps, les membres du conseil d'administration auraient été débarqués de leurs fonctions», affirme un avocat de la place. Autre exemple: Easyjet PLC compte 10 membres dans son conseil d'administration, dont la moitié a aussi des fonctions dirigeantes et opérationnelles au sein de la compagnie. La société détient 49% d'EasyJet Switzerland, le restant du capital étant en mains suisses.

Un spécialiste de l'aviation estime, lui, que le principal problème réside non seulement dans la composition du conseil d'administration de SAirGroup, mais aussi sur le fait que la Suisse n'est pas dans l'Europe. Au moment où il aurait mieux valu entrer dans une grande alliance, ce qui aurait permis à Swissair de pouvoir profiter des plates-formes de ses partenaires, la compagnie a choisi de voler de ses propres ailes. Elle a préféré prendre des participations minoritaires dans des compagnies déficitaires, abandonner Genève au profit de Zurich, l'aéroport Charles de Gaulle à celui d'Orly, etc. mécontentant les usagers. «Il faudra bien cinq ans pour redorer le blason de la compagnie à condition qu'il n'y ait pas d'erreurs supplémentaires», explique un analyste.

Tout le monde reste suspendu à la conférence bilan du groupe, maintenue pour le moment, le 2 avril. Les experts s'attendent à des chambardements, tant au niveau de la direction qu'à celui du conseil d'administration.