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La croissance chinoise, nettoyée de la corruption, «sera plus viable»

Plus de 100 000 responsables d’entreprises ou de l’administration sont sous enquête. Cette lutte pourrait ralentir la croissance à court terme

La croissance chinoise, nettoyée de la corruption, «sera plus viable»

Conjoncture Plus de 100 000 cadres d’entreprises oude l’administrationsont sous enquête

Cette lutte pourrait ralentir la croissance à court terme

Depuis deux ans, la Chine mène la chasse aux renards. Le nombre de responsables de l’administration ou d’entreprises placés sous enquête pour corruption devient tel – plus de 100 000 – que d’aucuns s’inquiètent des conséquences sur le fonctionnement de l’économie. Mardi, les médias d’Etat ont par exemple écrit que la province du Shanxi, riche en charbon, affiche 300 postes vacants, dont certains de haut niveau.

La lutte contre la corruption «n’est pas qu’une curiosité politique», elle pose des risques réels, y compris «aux investisseurs étrangers», a averti la semaine dernière SVA, une société de Hongkong spécialisée dans la gestion de crise. Dans un rapport, SVA rappelle que le groupe pharmaceutique GSK a payé l’an dernier une amende de 500 millions de dollars pour avoir versé des pots-de-vin afin de développer ses affaires en Chine. Le marché obligataire peut aussi réserver des surprises, comme l’illustre le cas de Kaisa. Hier, le repreneur de ce promoteur immobilier en difficulté depuis la démission de son président, soupçonné de corruption, a annoncé une faillite probable si les créanciers, notamment étrangers, ne restructuraient pas une partie des 10 milliards de dollars de dette.

«La campagne va faire mal, à court terme», reconnaît Cheng Li. Le spécialiste de la Chine du Brookings Institute estime qu’elle «pourrait durer bien encore deux années, jusqu’à ce que Pékin annonce un grand succès». D’ici là, certains groupes «devront vivre avec une certaine peur», selon le chercheur rencontré à Hongkong en marge de la conférence annuelle sur l’investissement en Asie de Credit Suisse, qui l’avait invité. Cependant, pour Cheng Li, «la corruption avait atteint un niveau tel qu’elle menaçait la viabilité de l’économie et on pouvait redouter qu’elle provoque une révolution. Il fallait donc nettoyer le système.»

Ce nettoyage est cependant accusé d’amplifier le ralentissement toujours plus grand de la croissance chinoise, comme l’ont encore montré deux statistiques hier. HSBC a publié son indice préliminaire de l’activité manufacturière en mars, au plus bas depuis 11 mois. L’indice est en outre tombé sous les 50, signe d’une contraction des affaires.

Présent mardi à Hongkong pour présenter ses perspectives 2015, l’économiste en chef de la Banque asiatique de développement (BAD) concède qu’«à court terme, cette campagne agressive peut intimider les responsables locaux» et retarder les investissements. Malgré tout, la hausse du coût du travail et la faible demande en Europe ralentissent davantage la croissance, avance Shang-Jin Wei.

En réalité, l’économiste de la BAD voit la lutte contre la corruption «comme une baisse de la fiscalité car les pots-de-vin ne sont rien d’autre qu’une sorte d’impôt». Les marchés seront plus transparents et plus efficaces, espère-t-il.

«On reproche à Pékin de traiter les symptômes et non les causes de la corruption, conclut Cheng Li. Mais transformer un système légal prend du temps. Il ne s’agit pas seulement de renforcer le pouvoir du président Xi Jinping.»

«La corruption avait atteint un niveau tel qu’elle menaçait la viabilité de l’économie»

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