Alors que le monde entier compte sur la Chine pour atténuer les conséquences négatives de la crise financière qui touche les pays développés, le Bureau national chinois des statistiques vient d'annoncer pour la première fois depuis 2005 une croissance trimestrielle inférieure à 10%. Après des croissances de 10,6% et 10,1% au cours des deux premiers trimestres 2008, le troisième trimestre a enregistré une très forte baisse à 9%, pour mener la croissance des neuf premiers mois 2008 à 9,9%.

Dimanche, le gouvernement avait prévenu qu'«il existe une tendance au ralentissement dans la croissance économique, le rythme de la hausse des profits des entreprises et du revenu fiscal est en train de chuter». Il avait du coup lancé des mesures de soutien à la croissance: encouragement à l'achat de logement, réduction des impôts sur les transactions de logements résidentiels et augmentations des abaissements de taxes à l'exportation afin «d'assurer une croissance des exportations stable».

Ces décisions constituent un revirement complet vis-à-vis de la politique menée depuis deux ans en Chine. Cherchant à réduire une croissance jugée trop rapide car réalisée aux dépens des classes sociales les plus pauvres et provoquant d'importants dégâts environnementaux et humains, Pékin avait cherché au cours de cette période à limiter l'explosion des prix de l'immobilier et des transactions immobilières, les exportations réalisées par les petits producteurs, et enfin les investissements privés et publics. La crainte de voir la Chine sombrer à la suite de ses partenaires commerciaux s'est donc avérée plus forte que ces considérations sociales. Lors du troisième trimestre de cette année, les investissements publics ont déjà progressé de 28,8% contre 26,3% lors du premier semestre, et les crédits bancaires sont repartis en hausse de 17,6% en août et septembre contre 13% lors des cinq premiers mois de l'année.

Moindre hausse des salaires

Cet inversement de tendance n'a en revanche pas réussi à arrêter le ralentissement des exportations, initié par les mesures restrictives du gouvernement. Elles ont progressé de 22,9% sur un an lors du troisième trimestre, contre 26,2% lors de la même période 2007. «Mais, contrairement à ce que l'on dit, les exportations ne jouent pas un rôle majeur dans la croissance et n'ont compté que pour 17% de la croissance 2007, explique Andy Rothman, économiste basé à Shanghai pour CLSA. Les investissements en actifs fixes et la consommation intérieure ont porté la croissance nationale, représentant respectivement 38% et 30% de celle-ci.»

La consommation intérieure a justement, de son côté, progressé de 23,2% en septembre, juste au-dessous du chiffre de juillet (+23,3%), record de ses neuf dernières années, et de 22% depuis début 2008. Mais le ralentissement de la hausse des salaires (+6,3% dans les villes depuis le début de l'année contre 10,2% en 2006 et 14,2% en 2007), conjugué à une inflation plus forte, pourrait influer sur ces performances futures.