La croissance chinoise plie mais ne rompt pas

Conjoncture Pékin a dépassé son objectif

La Chine a-t-elle réussi à stabiliser sa croissance, ou a-t-elle au contraire connu un ralentissement économique l’année dernière? Même après la publication, hier, des statistiques économiques nationales, la question reste entière.

Sur la période allant d’octobre à décembre, le PIB de la deuxième économie mondiale a affiché une croissance de 7,7% sur un an, a annoncé le Bureau national des statistiques. Au final, la croissance s’est donc établie à 7,7% sur l’ensemble de l’année 2013. Un chiffre équivalent à celui observé en 2012, et globalement en ligne avec les attentes des économistes – voire légèrement supérieur. Le gouvernement, qui s’était fixé un objectif de 7,5%, peut donc souffler: il semble être parvenu à stabiliser la situation. La consommation interne s’est bien tenue tout au long de l’année. Comme le note Louis Kuijs, chef économiste Chine chez RBS, le secteur des services a continué à croître l’an dernier, pour atteindre 46,1% du PIB, dépassant l’industrie pour la première fois depuis 1961. Un mouvement rassurant, puisque contrairement à certains pans de l’industrie, les services ne semblent pas en situation de surcapacités ou d’obsolescence.

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Mais il existe une façon plus sceptique de lire ces chiffres. Le dernier trimestre 2013 s’est en effet caractérisé par un léger ralentissement par rapport au précédent. Un ralentissement plus net à la toute fin de l’année. En décembre, la production industrielle a connu une expansion moins forte qu’en novembre, et les ventes de détail ont moins progressé que le mois précédent. Les importations n’ont pas non plus affiché une croissance très encourageante. Une situation qui résulte probablement en partie de la fermeté des autorités sur le plan monétaire – le volume de crédits a été maintenu sous contrôle –, qui se répercute sur l’investissement des entreprises.

Un nouveau tassement

Surtout, certaines questions de fond demeurent. Le Bureau des statistiques l’a explicitement reconnu, invitant à «garder à l’esprit que les problèmes fondamentaux enracinés avec le temps restent à résoudre». En particulier, la consommation des ménages a connu une croissance moins forte que celle de l’investissement. Alors que sa part dans le PIB avait commencé à remonter depuis 2010, passant de 34,9% à cette époque à 36% en 2012, Louis Kuijs estime qu’elle est repartie à la baisse en 2013. Preuve qu’une fois de plus, ce sont les investissements, en partie impulsés par les autorités, qui ont permis à la croissance chinoise de tenir.

Dans ce contexte, la plupart des économistes anticipent, pour l’année en cours, un nouveau tassement de la croissance, quoique léger. Ils pointent surtout les incertitudes qui demeurent: si la croissance mondiale s’accélère, la Chine devrait également rebondir, tirée par les exportations, mais aussi par les investissements étrangers.

A l’inverse, plus personne ne conteste que l’inconnue financière fait peser sur le pays un risque certain. Même en excluant le scénario d’une crise, c’est la fermeté des autorités sur ce dossier qui pourrait avoir des conséquences négatives sur l’investissement, et donc sur l’ensemble de l’activité économique.