Les analystes ne se sont pas trompés. Vendredi, la croissance chinoise au premier trimestre a été annoncée à 6,7%, exactement comme l’attendaient les économistes sondés cette semaine par l’AFP et Reuters. Le chiffre satisfait aussi l’objectif adopté le mois dernier par le parlement chinois. Pékin souhaite désormais que le produit intérieur brut (PIB) progresse de 6,5 à 7%, et non plus «autour de 7%» comme l’an passé.

Sans surprise, le Bureau national des statistiques (BNS) a confirmé le ralentissement de la croissance, qui était encore à 6,8% au dernier trimestre de 2015. Même s’il s’agit du plus faible trimestre depuis 2009, la Chine paraît toujours échapper à l’atterrissage brutal que d’aucuns redoutent. En mars, plusieurs indicateurs laissent même penser qu’une réaccélération se prépare. Mardi le Fonds monétaire international a d’ailleurs relevé sa prévision de croissance pour l’année de 0,2 point à 6,5%.

La demande mondiale affiche un rebond

Les facteurs positifs tiennent dans le rebond de la demande mondiale. En mars, les exportations chinoises ont connu «leur première vraie hausse depuis juin», relèvent les économistes de HSBC. Qui l’attribuent à davantage de livraison à destination de l’Union européenne et de l’Asie. De leur côté, les importations ont moins reculé. Publiés en début de semaine, les prix à la consommation et à la production ont en outre montré que les pressions déflationnistes diminuent.

Cependant, les chiffres publiés hier par le BNS laissent aussi penser que les vieux moteurs et non les nouveaux continuent de faire tourner la deuxième économie du monde. Les investissements dans l’immobilier accélèrent. Ils sont en hausse de 6,2% au premier trimestre, après 3% en janvier-février et 1% pour toute l’année 2015. L’accélération de la production industrielle a aussi dépassé les attentes des analystes.

Une croissance tirée par le crédit

Pour leur part, les ventes de détail ont accéléré en mars, mais elles ont moins augmenté qu’au cours du premier trimestre 2015. A +10,3%, la statistique reste solide, mais l’élargissement de la classe moyenne ne se voit pas complètement dans les dépenses de consommation comme le souhaiterait Pékin pour rééquilibrer son modèle économique. En outre, la croissance reste tirée par le crédit. En mars, les prêts accordés par les banques chinoises ont presque doublé, dépassant les prévisions. La dette privée dépasse 250% du PIB.

«A court terme, l’économie chinoise est en train de se stabiliser, anticipait la semaine dernière Vincent Chan, en marge de l’Asian Investment Conference (AIC) à Hongkong. Pour l’économiste de Credit Suisse, «les problèmes structurels demeurent. Les surcapacités, les stocks et l’endettement ne sont pas du tout encore traités. Dans l’acier, par exemple, la production est à l’arrêt, mais les capacités sont les mêmes.» Un avis partagé par Julia Wang, économiste de HSBC à Hongkong qui ajoutait hier que «l’autre clé» du rétablissement de l’activité ces prochains mois tient dans la promesse faite au parlement en mars «d’augmenter les dépenses budgétaires, en particulier dans les infrastructures».

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Cette relance pourrait donner du temps au parti communiste pour mener des réformes qui remettent en cause des intérêts désormais bien établis après trois décennies de croissance soutenue. «Les difficultés liées aux ajustements structurels persistent», reconnaissait hier le BNS. «Voilà pourquoi la Chine a besoin d’un leadership fort», estime Hu Angang. Ce professeur à l’Université de Tsinghua, à Pékin, prodigue ses conseils au gouvernement. Auteur d’un ouvrage sur la gouvernance collégiale initiée par Deng Xiaoping, il justifie aujourd’hui la «concentration des pouvoirs» par le président Xi par l’ampleur des réformes à accomplir.

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