A l’échelle du gouvernement, comme à l’échelle individuelle, la Chine garde encore et toujours cette tendance à vouloir gagner vite et beaucoup. La majorité des décisions sont encore conduites par l’appât du gain immédiat. Il leur manque la vision à long terme. En substance, voilà ce que disent tout bas ceux qui en font l’expérience quotidienne.

Ceux qui parlent tout haut, les responsables politiques, premier ministre en tête, en prennent peu à peu conscience. En février, Wen Jiabao s’est même directement engagé à revoir les bases du modèle de croissance chinois. En résumé, il disait que si des réformes n’étaient pas mises en place sans attendre, son pays allait droit dans le mur.

Dans la foulée, quelques ajustements ont suivi. On cherche par exemple à encourager les banques à prêter aux PME, alors que jusqu’ici les crédits étaient surtout destinés aux grandes entreprises d’Etat. On a aussi repensé le système fiscal, histoire d’offrir un semblant d’indépendance en plus aux gouvernements locaux.

Mais bien vite, le court terme a repris le dessus. Forcément sensible à la crise européenne et à ses conséquences sur le commerce international, la jauge du PIB a commencé à osciller sérieusement. Des mesures immédiates se sont imposées. Alors, Pékin a repris ses bonnes vieilles habitudes: investir dans les infrastructures et l’industrie lourde.

Le problème, c’est que le filon s’épuise. La demande peine à suivre. Il y a suroffre, si bien que la notion de «bulle industrielle» gagne du terrain.

Si la croissance reste très honorable, avec 7,6%, c’est donc surtout sa consistance qui inquiète. Alors que le gouvernement veut rééquilibrer son économie en donnant plus de poids à la consommation intérieure et en réduisant celui des investissements publics, ceux-ci n’ont jamais autant pesé dans la balance. La moitié du PIB national en dépend!

Il faudra du temps pour que le modèle se transforme vraiment. Mais le renouvellement des cadres du parti, l’an prochain, est très attendu. La transition devrait s’accélérer, dit-on, car les successeurs sont attendus comme plus réformateurs.

Peu importent les décideurs, finalement. Leur défi restera le même: résister à la tentation de vouloir gagner vite et beaucoup, tout en gérant la transition graduelle qui mènera durablement la Chine jusqu’au statut qu’elle ambitionne d’atteindre.