«Avez-vous remarqué que quand vous appelez un téléphone mobile, vous entendez maintenant une petite musique plutôt que le traditionnel bip-bip?» Le directeur général d’Altran Suisse, Nicolas Mayer, illustre avec ce simple exemple comment les compétences du groupe français de conseil en innovation se transforment en réalisations concrètes en Suisse. Si l’exemple vient de la téléphonie, Altran, fort de 200 collaborateurs dont 130 en Suisse romande, veut désormais renforcer ses positions dans l’univers pharmaceutique.

Après la fusion de ses six entités (Berata, De Simone-Osswald, Consultran, etc.) il y a trois ans, le groupe repart conquérant après la crise. Sur le troisième trimestre, la croissance en Suisse a atteint 17,6%, soit la plus forte progression après la Grande-Bretagne. Pour l’ensemble de l’exercice, le chiffre d’affaires devrait atteindre 25 millions de francs. Et cette hausse de 15 à 20% devrait se poursuivre l’an prochain.

«Plusieurs éléments favorisent la croissance de nos activités, explique Nicolas Mayer. Tout d’abord, les entreprises travaillent de plus en plus en mode projets, ce qui ouvre des brèches pour des sociétés comme la nôtre. Ensuite, l’externalisation s’accélère en raison du besoin de l’industrie d’aller le plus vite possible sur le marché.» Le dirigeant parle notamment de l’horlogerie, qui s’ouvre rapidement à l’externalisation, notamment pour gagner en expertise et faire face aux pics de charge.

Bien qu’il ne puisse en citer aucune, de grandes maisons horlogères, comme celles sises à la vallée de Joux, travaillent avec Altran. «Nous avons par exemple accompagné la recherche de nouveaux matériaux et procédés de fabrication, détaille Cécile Fiatte, responsable de la communication. Nous avons également œuvré sur un nouveau calibre de montre.»

Dans un autre domaine, la filiale helvétique participe depuis plusieurs années à l’aventure de Solar Impulse. «Nous allons prochainement travailler sur le pilote automatique, pour permettre au pilote de se reposer, glisse Cécile Fiatte. Nous avons d’ores et déjà mis au point le simulateur de mission.»

Si ce projet offre une belle vitrine, le potentiel de croissance d’Altran en Suisse se situe ailleurs: dans la pharma. «Nous y avons de grandes ambitions, martèle Nicolas Mayer. Nous avons déjà engagé 30 collaborateurs et nous continuerons à croître.» Déjà présent dans les grands comptes, Altran vise aussi les plus petites sociétés. «Rien qu’en Suisse romande on compte quelque 700 entreprises de biotech/medtech, indique Sacha Mijailovic, en charge de ce secteur. Nous souhaitons accompagner les start-up afin qu’elles puissent passer de la recherche à la commercialisation, comme l’a fait avec succès Antéis [ndlr: société genevoise spécialisée dans la dermatologie esthétique].» Le groupe a pris contact avec Eclosion à Genève. «Leur démarche est intéressante, ils cherchent à voir quel accompagnement spécialement dédié aux start-up ils pourraient mettre en place», estime Benoit Dubuis, cofondateur de l’incubateur.

Dans ce secteur, Altran a d’abord fait ses armes avec un modèle d’étude de marché qui s’appuie sur une méthodologie brevetée de recherche en innovation. «Nous prenons ensuite du recul pour proposer une solution innovante, ou tout simplement une nouvelle manière de vendre un produit existant», explique Sacha Mijailovic. Ce spécialiste de l’assurance qualité entend également amener tout prochainement sur le marché romand une offre développée au niveau mondial qui permet «d’évaluer la performance et le coût associé à la qualité». Outre la pharma, le spécialiste du conseil en innovation mettra également ses forces à l’avenir sur le secteur banque et finance, en accompagnant les établissements sur le chemin de Bâle III.

Pour faire face à sa croissance, le groupe engagera 40 collaborateurs en 2011 et 40 en 2012. Pour recruter cette denrée rare que sont devenus les ingénieurs, Altran a participé au dernier Forum EPFL et se fait désormais proactif sur les réseaux sociaux comme Facebook. «Nous évaluons notre taille finale sur le marché suisse à 500 personnes», conclut Nicolas Mayer.