Le Japon va mieux. C'est du moins ce qui ressort des dernières enquêtes sur la confiance dans les affaires de la part des milieux économiques publiées par la Banque du Japon et la banque Shoko Chukin. Grands patrons comme petits voient les perspectives économiques du pays s'améliorer. Après avoir touché le fond en septembre 1998 en termes de croissance du produit intérieur brut (PIB) avec une baisse de 1,9% en rythme annuel, l'expansion se confirme. Selon ces publications, l'indice de confiance pour les grandes entreprises a bondi de 50% cette dernière année. A la Bourse de Tokyo, l'indice Nikkei des 225 entreprises vedettes a gagné plus de 51% en 1999. De leur côté, les petites entreprises sont encore plus optimistes. L'explosion des valeurs «small caps» n'est que le reflet de cette embellie.

Mais, si ces enquêtes de confiance montrent de plus en plus que les affaires reprennent, ce sentiment se vérifie bien sûr au travers des données macroéconomiques. L'expansion du PIB et ses projections sur deux ans ne laissent aucun doute. Dopée en 1999 par une progression de l'investissement public de 3,5% en moyenne annuelle et un taux de construction privée qui flirte avec les 6%, l'économie nippone sort enfin du tunnel. Les taux de croissance annuels prévus sont de 2,9% en 2000 et de 2% en 2001. La politique keynésienne de relance par l'investissement public, propre à ce pays, en a été le détonateur. C'est elle qui est à l'origine d'une telle relance. Une fois que la consommation privée sera remise sur ses rails, les économistes espèrent qu'elle prendra le relais en 2000 avec un taux annuel de 2,9%, et de 3% en 2001.

Les premières conséquences de cette reprise sont une tension plus grande sur le marché de l'emploi. Les heures de travail supplémentaires et les offres d'emplois ont progressé de 16% en rythme annuel au dernier trimestre. En termes de volume, l'économie a vu naître 1 million de nouveaux postes depuis juillet 1999. Cette évolution du côté de la demande et en faveur des employés met une pression sur les salaires. Résultat: bien que les statistiques sur la consommation n'aient pas encore été publiées, les premiers frémissements d'une augmentation des revenus des ménages japonais ont déjà été captés. Avec l'amélioration de la situation sur le marché de l'emploi, le niveau de confiance et l'optimisme des consommateurs croissent. Parallèlement à cette évolution, le taux d'épargne tend à diminuer. Ces deux effets conjugués vont propulser le niveau de consommation privée à un degré qui permettra à la croissance économique de se prolonger.

Selon Richard Jerram, chef économiste de la banque ING/Barings à Tokyo, «un tiers de ces 2,9% de croissance annuelle de la consommation privée en 2000 sera dû à une baisse de l'épargne alors que les deux autres tiers seront liés à la forte progression des revenus des ménages». Pour la première fois depuis 1994, il est prévu cette année que le niveau de l'épargne percera le plancher des 13%. Une partie de cette énorme masse d'épargne, deux fois et demie le PIB, sera réinjectée dans le circuit économique au travers des achats des ménages. Pour Richard Jerram, ce retour de croissance qui séduit par son intensité et sa rapidité est normal. L'économie japonaise était fortement déprimée. Lorsque le cycle se retourne, le niveau d'expansion peut se révéler très important. L'excès d'offre de travail en 1999 et la surcapacité de production des entreprises nippones permettent un rebond d'une telle ampleur.

La force et la vitalité du yen constatées aujourd'hui risquent de se renforcer avec ces belles perspectives. La valeur des monnaies n'est finalement que le reflet de la santé de l'économie du pays. L'excédent de la balance commerciale continuera ainsi à se résorber.

Le Japon va donc beaucoup mieux. Mais si les patrons japonais commencent à voir le bout du tunnel, deux déséquilibres fondamentaux risquent de plomber un plein retour à la croissance sur l'Archipel. Tout d'abord le problème est démographique. L'espérance de vie est la plus grande au monde et le taux de natalité l'un des plus bas, ce qui alimente un déficit démographique qui est de plus en plus intenable. Ensemble, ces deux effets sont une bombe à retardement pour les pensions et pour le renouvellement des forces vives engagées dans les processus de production. L'autre danger se situe au niveau des dépenses de l'Etat qui restent démesurées. Les estimations tablent sur une progression de la dette publique. En 2000, par exemple, celle-ci sera égale à 140% du PIB. Un ratio trois fois plus important que celui de l'Union européenne. Même s'ils sont optimistes, les patrons japonais sont tout de même conscients de l'ampleur des réformes à venir.