«La chute de l'activité économique est beaucoup plus forte que prévue.» Même le ministre des Finances, Pedro Solbes, qui tentait ces derniers mois de minimiser la crise, est aujourd'hui obligé de reconnaître l'étendue des dégâts. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Alors que l'Espagne a couronné 2007 avec une croissance de 3,7% - un des plus beaux chiffres en Europe - le pays est confronté depuis lors à une brutale décélération. De janvier à mars, sa croissance a seulement crû de 0,3%, soit le taux le plus faible depuis 15 ans. D'ici la fin d'année, en rythme annuel, elle pourrait chuter sous la barre des 2%, selon les calculs du Fonds monétaire international.

Si cette tendance se confirme, ce sera la première fois que la zone euro fera mieux que l'Espagne, jusqu'ici une véritable locomotive de l'UE qui, entre 2004 et 2006, a créé plus d'un tiers des emplois à l'échelle communautaire.

Le principal symptôme de ce mal espagnol concerne le secteur de la construction, véritable pilier de l'économie depuis le milieu des années 1990, et dont la valeur a atteint un quart du produit intérieur brut (PIB). La crise des «subprime» et l'éclatement de la bulle immobilière se font sentir ici avec une acuité particulière. La hausse des taux d'intérêt a pris à la gorge une bonne partie des ménages espagnols, surendettés, de moins en moins capables de faire face aux remboursements immobiliers, le plus souvent souscrits à taux variable.

Réactions du gouvernement

Face à la gravité de la situation, le gouvernement Zapatero va piocher abondamment dans le généreux excédent budgétaire, d'environ 20 milliards d'euros, pour répondre à la crise par une batterie de mesures: 400 euros de bonus fiscal pour la plupart des contribuables, indemnité logement pour les moins de 35 ans, et, surtout, financement du report des prêts immobiliers sur plusieurs années.

Le secteur du bâtiment et travaux publics (BTP) - jusqu'ici «la poule aux œufs d'or» comme on dit ici - est en chute libre. Depuis le début d'année, le rythme des mises en chantier de logement est trois fois moindre que l'an dernier. Les géants du BTP espagnol (Colonial, ACS, FCC...) subissent de sévères gifles boursières. On estime que, sur les 1,8 million de logements construits depuis 2005, un tiers n'ont pas trouvé acquéreur. Dans la banlieue de Tolède (sud de Madrid), l'exemple de Seseña, une bourgade où ont poussé 13508 appartements en un temps record, est emblématique: le flamboyant constructeur Paco el Pocero n'a vendu que 2536 logements. Aujourd'hui, depuis le bord de route, on ne voit que des édifices vides hérissés d'innombrables grues à l'arrêt.