Le patient français est-il pour de bon sorti des soins économiques intensifs? La visibilité à moyen terme, côté fiscal et réglementaire, est-elle aujourd’hui assurée pour les investisseurs, séduits par le retour à une croissance forte (1,9% en 2017) et par le bond de 7% du nombre de créations d’entreprises, soit le niveau le plus élevé depuis 2010? Le fait de voir le déficit public français repasser en 2017 sous la barre des 3% (aux environs de 2,7%) démontre-t-il qu’un assainissement en profondeur est en route?

La réponse à ces questions exige de scruter les coulisses économiques de l’an 1 du quinquennat Macron, dont la grève «perlée» des cheminots constitue le second test social d’envergure, après l’échec de la mobilisation syndicale, l’an dernier, contre la réforme par ordonnances du Code du travail.

Plus de «Made in France» à tout prix

Premier constat: l’heure n’est plus, comme s’époumonait à le proposer l’ancien ministre socialiste Arnaud Montebourg, à la défense forcenée du «Made in France» industriel. Même si Emmanuel Macron s’est réjoui, lors de son sommet des grands patrons organisé à Versailles avant le Forum de Davos, de la décision de Toyota d’investir 400 millions d’euros sur son site de Valenciennes, et même si chaque nouvelle commande d’Airbus – comme celle de 42 nouveaux appareils par Aegean Airlines annoncée voici quelques jours – fait oublier la guerre féroce que se livrent ses dirigeants français et allemands, le scanner de la compétitivité française est aujourd’hui branché sur d’autres fréquences.

Le plan sur l’intelligence artificielle, présenté le 29 mars par le président français avec un financement de 1,5 milliard d’euros sur cinq ans, vaut à ses yeux bien plus que l’implantation d’une nouvelle usine. Le combat prioritaire pour l’Elysée est celui de l’exploitation numérique des données, assorti d’une offensive pour taxer bien plus lourdement les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple). La «transformation» économique hexagonale est, en somme, reportée sur les générations futures…

Pas assez de créations d'emplois

Second constat: la croissance retrouvée n’est pas encore de nature à redresser durablement la courbe du chômage. Bien qu’au plus bas depuis 2009, le nombre de demandeurs d’emploi en catégorie A (sans aucune autre activité) reste scotché, en ce printemps 2017, autour du chiffre des 3,5 millions d’individus. Grosso modo, 800 000 jeunes français arrivent chaque année sur le marché du travail, tandis que 650 000 retraités en sortent. 150 000 emplois nouveaux doivent donc être créés. Problème: les 240 000 emplois officiellement créés en 2017 n’ont fait que confirmer l’inadéquation entre l’offre et la demande.

Disparités géographiques, qualifications insuffisantes ou inadaptées aux nouveaux besoins, réticences à la mobilité et rigidité des dispositifs d’assistanat social… le constat demeure fatal, résumé dans les colonnes du Monde par Eric Meyer, de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE): «On constate qu’avec ou sans croissance, le nombre d’emplois non pourvus en France demeure le même. Si nous étions vraiment dans une situation de tension où les employeurs ont tant de mal à embaucher, les salaires augmenteraient. Or ce n’est pas le cas…»

Les exportations à la traîne

Troisième leçon: l’accélération de la croissance et le dynamisme entrepreneurial ne profitent toujours pas aux exportations françaises. L’économie est tirée vers l’avant par la consommation intérieure et par le dynamisme de l’investissement, dopé par les financements publics. Moralité: le solde commercial hexagonal s’est encore creusé en 2017 à 63 milliards d’euros et les fournisseurs de la France, dont ses voisins européens, sont les premiers à en profiter. L’aspect cyclique de la reprise n’en est que plus marqué.

Ce qui ne va toujours pas dans la croissance française découle de ces trois constats. La France, en résumé, est en phase de rémission économique. Les entrepreneurs se remettent à espérer. La nécessité, pour l’Etat, de choisir ses priorités au lieu de poursuivre son saupoudrage social commence à y être acceptée. Les chantiers d’envergure, comme celui du Grand Paris sont en train de redonner au pays le goût des infrastructures ambitieuses. L’attractivité fiscale n’est plus un tabou. Mais les chiffres parlent d’eux-mêmes: sortie du bloc opératoire de la mondialisation par le chirurgien Macron, la République demeure en convalescence.