Transport aérien

La croissance de Genève Aéroport appelée à ralentir

L’année 2018 s’est révélée faste sur le plan financier. Mais la croissance du nombre de passagers a ralenti, esquissant les limites de l’infrastructure

Le pilotage financier de l’entreprise semble sous contrôle. Genève Aéroport a présenté des résultats en hausse mercredi devant la presse: chiffre d’affaires et bénéfice net ont progressé l’an passé de respectivement 5,1%, à 490,2 millions de francs, et 7,9%, à 85,1 millions. «Et ce en dépit d’une croissance du nombre de passagers moins forte que par le passé», a souligné son directeur général, André Schneider.

Au total, 17,7 millions de personnes ont foulé le site, soit une progression de 1,9%, alors que la croissance oscillait entre 4 et 5% ces dernières années. Une tendance qui devrait se poursuivre, selon le responsable: «C’est le signe que l’infrastructure entre dans une phase de maturité. Nous devrons compter avec moins de croissance à l’avenir.» André Schneider mise sur des innovations destinées à fluidifier les flux pour continuer à générer des revenus, en particulier la construction de deux nouvelles lignes de contrôle de sécurité.

L’aéroport a aussi enregistré une baisse du nombre de mouvements d’avions, avec 187 162 atterrissages et décollages au total, soit 1,9% de moins qu’en 2017. Un repli attribué en partie aux nouveaux appareils dont se sont dotées les compagnies, qui permettent d’embarquer davantage de passagers sur un même vol. Le fret en revanche a bondi de plus de 7% pour un volume de quelque 95 000 tonnes, ce qui s’explique entre autres par l’essor du commerce en ligne. Sa part dans le chiffre d’affaires demeure cependant inférieure à 3%.

Effets du Brexit «minimes»

Sur le plan des perspectives, se pose la question des effets du Brexit: avec plus de 3,5 millions de passagers l’an passé, le Royaume-Uni demeure la première destination dans le classement par région, derrière la France (2,2 millions) et l’Allemagne (1,1 million). Surtout, la première compagnie de l’aéroport, avec 45% de parts de marché, est la britannique EasyJet.

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«La Suisse a pris les devants en négociant des accords bilatéraux anticipés avec Londres», a relevé André Schneider. Signé en février, le traité garantit notamment la libre circulation des personnes et s’ajoute à d’autres accords conclus en octobre sur le transport aérien. «Une sortie du Royaume-Uni sans accord avec l’UE n’entraînerait aucun changement dans le fonctionnement de l’aéroport.»

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De même, le directeur général balaie la crainte d’un ralentissement suite aux vives critiques contre les vols à bas coûts formulées en marge des manifestations sur le climat. «Cette question ne touche pas seulement la principale compagnie de l’aéroport, mais les voyages en avion en général. Nous avons une réflexion à mener, mais c’est avant tout un débat de société.»

Nuisances environnementales et sonores

La thématique environnementale a aussi alimenté la discussion politique. L’aéroport n’a pas pris position sur l’initiative de la Coordination régionale pour un aéroport de Genève urbain, respectueux de l’environnement et de la population (CARPE), ni sur son contre-projet. Les initiants demandent notamment que les riverains soient consultés pour le développement de l’infrastructure.

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La direction a en revanche salué l’adoption par Berne en novembre de la fiche PSIA: «Cela a été le point d’orgue de l’année, puisque ce document donne le feu vert au développement du site, tout en fixant un cadre à la gestion du bruit et à la protection de l’environnement», a souligné André Schneider. Au chapitre de l’écologie encore, le responsable a tenu à souligner l’engagement de l’entreprise avec notamment la construction «de nichoirs à oiseaux et d’abris pour protéger les hermines».

Sur fond de polémiques

Quid de la protection des employés? L’entreprise en mains du canton a-t-elle procédé à des changements après les graves accusations de harcèlement émises à l’encontre d’un cadre, qui n’est plus en poste aujourd’hui? «L’ouverture d’une enquête prouve que les systèmes en place donnent satisfaction», a répondu André Schneider, qui se refuse à tout commentaire supplémentaire. «Ces informations ne doivent pas être discutées sur la place publique», a-t-il estimé.

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Même réserve sur les conflits sociaux et soupçons de copinage relayés dans les médias. Pas question d’introduire un système de concessions directes, qui empêcherait la sous-traitance, comme le demandent les syndicats. «Les syndicats ont leur interprétation de la situation. Nous, nous réagissons sur demande des autorités compétentes, l’Office cantonal de l’inspection et des relations du travail notamment», conclut André Schneider. Tout comme les comptes, la communication paraît elle aussi maîtrisée.

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