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Le PIB romand est encore porté notamment par la construction et les transports. A l’image du chantier de la nouvelle gare CFF de Lausanne – ici, l’installation d’un tunnelier en avril dernier
© LAURENT GILLIERON

Conjoncture

La croissance romande s’essouffle

Depuis une décennie, le «tigre romand» affichait un dynamisme plus élevé que son voisin d’outre-Sarine. Mais «l’ours suisse», le pays dans l’ensemble, s’est remis à creuser l’écart dans un contexte difficile pour la finance et l’horlogerie

Le «tigre romand» a-t-il passé l’âge de rugir? Année après année, la Suisse francophone avait gagné son sobriquet félin grâce à son dynamisme économique. Celui-ci se traduisait par un taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) supérieur à celui de la moyenne suisse qui lui permettait de peser chaque année un peu plus sur l’économie helvétique, jusqu’à représenter en 2016 près d’un quart (23,9%) de son PIB, selon les données de l’Institut CREA publiées mercredi par les six banques cantonales romandes depuis 2008, en collaboration avec le Forum des 100.

Alors que l’indicateur du PIB romand fête son dixième anniversaire, la tendance semble s’être inversée. En 2016, la croissance du PIB romand a atteint 1,2%. C’est un dixième de point de moins que la moyenne suisse et en deçà de la moyenne européenne à 1,9%. Cause de cette «perte d’avantage», selon Jean-Pascal Baechler de l’Observatoire BCV de l’économie vaudoise: les difficultés de la place financière genevoise – très investie dans la gestion de fortune transfrontalière –, le recul des exportations horlogères ou la chute du prix des matières premières.

Malgré tout, l’analyste de la Banque Cantonale Vaudoise refuse de parler de renversement de tendance. «A un dixième de pour-cent de différence, on est encore dans l’épaisseur du trait. Ce type de variation peut être induit par une modification de la façon de comptabiliser certains biens et services.»

Il y a un an: PIB romand: rebond de la croissance attendu en 2016

Hôtellerie et finance à la peine

Dans le détail, le secteur chimie-pharma (+4,8%) continue à jouer son rôle de locomotive de l’économie romande, tout comme l’industrie alimentaire, qui comprend notamment les capsules de café (+4,4%). Dans un contexte toujours marqué par un franc «surévalué» par rapport à l’euro, les branches tournées vers le marché intérieur ont soutenu la croissance romande. C’est le cas du secteur public, du commerce, de la construction ou des transports et communication.

A ce sujet: La mobilité dope la croissance romande

A l’inverse, les marges de l’hôtellerie-restauration restent sous pression (–0,3% en 2016). Le retour des touristes en provenance de France a permis de compenser la baisse du nombre de Chinois, d’Allemands ou de Coréens (+0,2% de nuitées globalement). Le secteur financier est, lui, toujours confronté à de multiples défis grevant ses profits: taux négatifs, baisse de la demande pour les assurances vie ou évolution du cadre réglementaire pesant sur les marges. Il affiche un repli de 0,3%.

Les exportations reprennent des couleurs

Côté exportations, le bilan est encore plus contrasté. Après une contraction de 5,6% en 2015, à la suite de l’abolition du taux plancher, les exportations sont remontées à 1,3%. Et cela, grâce notamment à un affaiblissement de 1,2% sur 2015 du cours de l’euro, à 1,07 franc, note l’étude. Pour rappel: en 2015, l’abolition du taux plancher a divisé par deux la croissance romande, qui convergeait alors avec la moyenne suisse à 0,9%.

Le recul des exportations de montres et instruments de précision (–4,5%) contraste avec le dynamisme des ventes de produits chimiques et pharmaceutiques (15,3%). Avec un petit bémol toutefois de la part des auteurs de l’étude: «D’une année à l’autre, les exportations peuvent être enregistrées dans différents cantons, explique Jean-Pascal Baechler. Ce qui peut causer de grosses variations dans les statistiques.» Sans que la conjoncture soit en cause.

En recul huit fois sur les neuf années écoulées, l’industrie des machines a toutefois enregistré un rebond de 3,6%. Et ce, malgré un franc toujours «surévalué» et une conjoncture internationale peinant à redémarrer.

Les auteurs de l’étude prédisent des lendemains qui rugissent pour l’économie romande, avec une croissance de 1,5% en 2017 et de 1,9% en 2019: «L’écart devrait se combler, permettant à l’économie romande de se comparer à nouveau favorablement à l’économie européenne.»


La douzième région d’Europe

La Suisse romande est l’une des régions européennes les plus dynamiques, malgré le franc fort et le niveau élevé des prix. Son PIB dépasse celui de la Hongrie

Malgré le ralentissement actuel, la Suisse romande reste l’une des régions les plus prospères d’Europe. Avec ses 155,3 milliards de francs de PIB (2016), elle pointerait – si elle était un pays – au 56e rang mondial, au-dessus de la Hongrie (122 milliards de dollars en 2015) et en dessous du Qatar ou de l’Algérie (165 milliards de dollars chacun).

De 2000 à 2015, son PIB a progressé de 33,7%, selon les données de l’Institut CREA de macroéconomie appliquée. Un rythme deux fois plus soutenu que la moyenne européenne qui «place la Suisse romande au troisième rang, si l’on combine la croissance au PIB par habitant», analyse Jean-Pascal Baechler, de l’Observatoire BCV de l’économie vaudoise. Elle serait seulement dépassée par le Luxembourg et la Suisse centrale, deux régions disposant d’un secteur financier lucratif et peu intensif en capital humain.

Malgré tout, ce type de classements dépend de la force des monnaies et du niveau des prix dans chaque région. En particulier en Suisse avec un franc surévalué par rapport à l’euro. Une nouvelle analyse en pouvoir d’achat standard (SPA) – permettant de gommer les effets de prix – resitue la Suisse romande au douzième rang, toujours derrière le Luxembourg et la Suisse centrale mais aussi le Tessin, l’ouest de Londres ou des régions d’Europe de l’Est comme Bratislava, Bucarest ou Prague.

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