Prévisions

La croissance suisse sera dopée par les événements sportifs mondiaux

Comme les revenus des billets du Comité international olympique et de la FIFA sont comptabilisés en Suisse, le produit intérieur brut profitera d’un coup de pouce «sportif», selon le chef économiste de Raiffeisen, lequel avertit sur l’inexactitude des statistiques trimestrielles

Attention aux effets extraordinaires sur les statistiques du produit intérieur brut (PIB) suisse, avertit Martin Neff, chef économiste du groupe Raiffeisen, lors d’une conférence de presse mercredi à Zurich. Les prochains Jeux olympiques d’hiver et la phase finale de la Coupe du monde de football ne se dérouleront pas en Suisse, mais respectivement à Pyeongchang en Corée du Sud et en Russie. Les revenus tirés de la vente de billets ainsi que d’autres recettes augmenteront toutefois le PIB suisse parce que le Comité international olympique (CIO) et la FIFA les comptabilisent dans notre pays, explique l’économiste. Le gain sportif devrait atteindre 0,2% du PIB en 2018. Pour 2018, Raiffeisen prévoit une croissance de 2,1% en Suisse, soit une hausse supérieure au 1,9% de la zone euro.

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Le chef économiste demande de rester prudent à l’égard des statistiques trimestrielles publiées par le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco). Les révisions ultérieures sont parfois significatives pour une économie ouverte comme la Suisse. Il arrive qu’une modeste expansion se transforme en contraction, ajoute-t-il. «C’est l’une des raisons pour lesquels mes prévisions sont souvent plus prudentes que la moyenne», explique Martin Neff. Il y a un an, l’économiste avait prévu une croissance de 1,3% pour 2017, ce qui était inférieur à la moyenne. Le taux de croissance devrait finalement être de 1,1%.

En 2018, la croissance suisse largement diversifiée

Martin Neff n’en veut pas au Seco. Les statistiques ne parviennent que tardivement auprès des autorités. Il évoque toutefois d’autres surprises statistiques, à l’image de l’effet Amazon. En effet lorsqu’un consommateur suisse renvoie au leader de l’e-commerce un produit qui ne lui plaît pas, son geste est considéré comme une exportation suisse. Dans un autre domaine, l’évolution du négoce de matières premières, une branche qui contribue pour 5 à 6% au PIB, devient aussi de plus en plus importante dans la comptabilité nationale, mais la prise en compte de sa valeur ajoutée par les statistiques n’est pas aisée.

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En 2018, la croissance suisse sera largement diversifiée. L’économie profite d’une croissance mondiale synchronisée et de la stabilité des prix (+ 0,6%). Le choc du franc fort est «digéré», selon l’économiste. Mais les changements structurels continueront de produire leurs effets. Dans l’hôtellerie par exemple, dans dix ans la clientèle chinoise sera la plus importante. Elle a déjà été multipliée par six depuis 2008, alors que les nuitées européennes sont en recul.

Atterrissage en douceur de l’immobilier

L’immobilier devrait faire exception aux tendances générales. Les prix restent chers. «Je prévois un atterrissage en douceur. Mais il n’y a pas de bulle parce qu’il n’y a pas de spéculation», insiste l’économiste. «A l’inverse des années 1990, la hausse de la demande est le fait de propriétaires qui entendent habiter leur bien et non pas d’investisseurs en quête de profits rapides», ajoute-t-il. Une correction devrait toutefois se produire, spécialement dans l’immobilier commercial. Pour les propriétaires en quête de renouvellement de leur hypothèque, l’économiste estime que des taux fixes à long terme peuvent être opportuns.

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Si la Banque nationale suisse maintient les taux négatifs en 2018, les rendements des obligations à dix ans de la Confédération (aujourd’hui à – 0,1%) devraient redevenir positifs dans les trois mois et passer à 0,5% dans douze mois. Aux Etats-Unis, Raiffeisen prévoit des taux à dix ans en hausse à 2,8% (aujourd’hui 2,55%).

Le marché obligataire américain «entré dans une tendance baissière»

Le franc «reste fortement surévalué» selon Martin Neff. L’euro devrait passer de 1,18 franc à 1,20 franc dans un an. «Il n’est pas facile d’estimer son évaluation correcte, mais celle-ci dépasse 1,30 franc.» L’économiste cite un sondage de l’Université de Saint-Gall indiquant que 64% des touristes d’achat ne feraient plus leurs emplettes à l’étranger si l’euro était supérieur à 1,40 franc.

Le seul risque majeur pourrait venir des décisions imprévisibles de Donald Trump, explique Martin Neff. Il est également possible que les marchés financiers perturbent l’optimisme général. Le marché obligataire américain est «entré dans une tendance baissière», annonce d’ailleurs Bill Gross, le financier le plus connu sur les marchés de taux, après que le rendement est passé à plus de 2,5%, au plus haut depuis dix mois. Le mouvement résulte d’une augmentation des émissions sur les principaux marchés accompagnée d’une réduction des achats de la part de la Banque du Japon.

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