consensus de Genève

Croissance toujours molle en 2015

Les stratèges de Genève décrivent les Etats-Unis comme la locomotive mondiale. Les pays émergents devraient voir l’amélioration continuer, tandis que l’Europe inquiète encore

Croissance toujours molle en 2015

Les stratèges de Genève décrivent les Etats-Unis comme la locomotive mondiale. Les pays émergents devraient voir l’amélioration continuer, tandis que l’Europe inquiète encore

Lors du dernier tour de table de l’ISAG, les stratégistes de Genève ont débattu des thèmes qui vont sous-tendre les perspectives 2015.

Concernant le cadrage économique, un consensus se détache sur un scénario de continuité, à savoir une croissance mondiale toujours très modeste et désynchronisée. L’économie américaine resterait la locomotive mondiale, avec une poursuite du cycle d’expansion, quoique toujours en demi-teinte par rapport aux phases de reprise antérieure. Ainsi, la croissance attendue en 2015 ressort à 2,6%, ce qui est tout juste en ligne avec le potentiel de croissance. Si les pays émergents s’améliorent graduellement, les inquiétudes se focalisent désormais sur la croissance de la zone euro, où la rechute récente ouvre le débat de la menace déflationniste.

Ce contexte global de croissance molle n’empêche pas certains membres de s’interroger sur un processus naissant de dynamique salariale, en particulier aux Etats-Unis. Cet élément de rupture dans l’économie réelle n’est pas encore consensuel. Il n’en demeure pas moins qu’une accélération des salaires est une condition nécessaire à un élargissement des bases de la croissance américaine. En revanche, les membres de l’ISAG s’accordent sur les divergences de politique monétaire entre zones en 2015. C’est sans doute la grande rupture à venir et ce thème sera structurant dans les décisions d’investissement. Aux Etats-Unis, la politique monétaire sera de moins en moins accommodante: après l’achèvement du «tapering» prévu pour fin octobre, la pression va monter sur la Fed concernant la normalisation inévitable des taux directeurs, à 0,25% depuis près de six ans. Toutefois, si le timing du premier relèvement du taux objectif des fed funds demeure incertain, la gradation est une certitude. C’est la raison pour laquelle l’amorce d’une inversion du cycle de politique monétaire ne devrait pas peser sur la reprise économique.

A l’inverse, la Banque centrale européenne et la Banque du Japon conservent un biais accommodant, qui pourrait même s’intensifier. La divergence des politiques monétaires devrait conduire le marché des changes à être davantage piloté par des éléments fondamentaux. Dans ce contexte, la poursuite du redressement du dollar semble désormais plus assurée.

Concernant l’allocation d’actifs, c’est la continuité qui prévaut, avec un maintien de la surpondération actions (43%). Le leadership du marché américain est maintenu en raison d’une meilleure visibilité sur le cycle économique et les profits des entreprises. L’Europe souffre de résultats encore décevants après deux années d’espoir insufflé par Mario Draghi. La baisse de l’euro est un facteur de soutien, mais pas décisif. L’absence de reprise effective du crédit bancaire rend sceptique l’efficacité économique du TLTRO.

La question de la valorisation des actifs financiers commence à se poser, avec en première ligne la dette des entreprises, dont le haut rendement (high yield) est le segment le plus vulnérable. C’est le statu quo qui prévaut sur l’or. D’un côté, l’or peut s’avérer être une protection face à l’attentisme de la Fed et le risque de sous-estimer la reprise de l’inflation. De l’autre côté, la hausse des taux d’intérêt et du dollar est en principe associée avec une baisse des cours de l’or.

Le manque de vitalité de la croissance mondiale et l’absence de synchronisation des zones (régionales) conduisent à une sous-pondération de la poche matières premières. Les liquidités représentent 9% du portefeuille équilibré, ce qui témoigne soit d’un manque de convictions, soit d’un biais encore prudent. C’est peut-être là la bonne nouvelle pour les marchés financiers en 2015.

* Directeur des Investissements, Banque Pâris Bertrand Sturdza SA

La pression va monter sur la Fed concernant la normalisation inévitable des taux directeurs

Publicité