Le 42e Symposium de Saint-Gall n’est pas seulement international mais aussi intergénérationnel, avec la participation de 200 étudiants des cinq continents. Cette année, il se penche durant deux jours sur le «comportement face au risque». «Le titre choisi est une remise en cause du statu quo et un appel à l’action», a déclaré Josef Ackermann, président de Deutsche Bank et bientôt de Zurich Insurance.

Le capitalisme, qui promet bien-être, démocratie et justice, est fragilisé par la crise économique. «Le libéralisme est accusé à tort, même dans les milieux économiques», a déclaré Ueli Maurer, vice-président de la Confédération. Le conseiller fédéral s’est plaint de la trop forte augmentation des tâches confiées à l’Etat. «Partant du principe «qui paie commande», l’Etat accroît les impôts et ses compétences», a-t-il poursuivi.

Tandis qu’un sondage au sein des participants indique que les deux tiers pensent que la zone euro ne survivra pas dans ses structures actuelles, une table ronde de personnalités politiques se mettait d’accord sur un seul point: L’Union européenne souffre d’un déficit de démocratie. «Trois jours après avoir proposé un référendum sur l’euro, Georges Papandréou devait quitter ses fonctions de premier ministre grec. Et trois jours après que j’ai combattu l’aide slovaque à la Grèce, arguant que mon pays a un revenu par habitant inférieur de moitié, je perdais mon emploi de président du parlement slovaque», a expliqué Richard Sulik, porte-parole du parlement. Un manque de démocratie? Dans chaque pays, le citoyen peut changer de gouvernement s’il en est insatisfait. Mais il ne peut rien faire à l’égard d’un commissaire européen. Peu importe son utilisation des fonds publics.

«Un projet de liberté»

A son avis, l’Union européenne doit retrouver son but initial. C’est un projet de liberté, à travers le marché unique des biens, des services, des capitaux et des personnes. «Nous n’avons pas besoin de 60 000 fonctionnaires à Bruxelles pour accroître la liberté en Grèce ou ailleurs», a déclaré Richard Sulik. L’Union européenne est d’abord un projet pour la paix, a répondu George Papandréou, ancien premier ministre grec. Avec la globalisation, les réponses aux problèmes sont mondiales, du climat à l’immigration. L’Europe y contribuera avec davantage d’intégration et non pas un repli sur soi. Georges Papandréou reconnaît aussi les lacunes démocratiques de l’UE. «Il faudrait rendre possible un référendum au plan européen, ou des élections directes, mais aussi éviter un repli nationaliste», a-t-il précisé. Il estime que le monde sous-estime les progrès effectués par la Grèce: elle gagne en compétitivité dans le tourisme, les énergies vertes et l’agriculture.

Il ne s’agit nullement de se replier sur soi, mais de demander l’avis du citoyen, a répondu Richard Sulik. Pour lui, on trompe les gens, par exemple en parlant de crédit à la Grèce et non de don.

Le problème de la zone euro n’est pas d’ajuster les règles, mais de respecter celles qui existent. «Les règles européennes ne valent qu’en l’absence de troubles économiques», regrette-t-il.

L’austérité est largement surestimée, a pour sa part déclaré Jean-Claude Trichet, ancien président de la BCE. «C’est une correction des dépenses après leur trop forte augmentation.» L’ex-banquier central s’est évertué à rassurer sur l’euro. «Qui aurait cru il y a 13 ans que la monnaie unique allait survivre pendant cette longue période, même si elle affrontait la pire crise économique depuis la guerre», a-t-il expliqué. La zone euro doit toutefois renforcer ses mécanismes de gouvernance.

Jean-Claude Trichet rejette l’idée d’un relâchement de l’objectif d’inflation, par exemple à 4%, pour alimenter la croissance. Si l’on fixait la cible à 4%, les taux d’intérêt augmenteraient immédiatement de 2% et d’une prime de risque supplémentaire. Celle-ci anticiperait le risque d’une possible hausse supplémentaire de l’inflation. «Il est naïf et erroné d’espérer une croissance plus forte avec une hausse d’inflation», a-t-il conclu.