Pour la première fois depuis huit ans, Crossair, filiale de SAirGroup, essuie une perte de 6,1 millions de francs. Comme sa grande sœur, la compagnie a souffert de l'envolée du prix du kérosène et du niveau du dollar. Crossair estime que les seuls frais de carburant ont augmenté de 105%. Une flambée qu'elle n'a pas réussi à compenser par des recettes supplémentaires. «Nous achetions, l'an dernier, notre kérosène au jour le jour, explique Thomas Hofmann, chef des finances de Crossair. Nous avons été surpris par la hausse.» Aujourd'hui, la compagnie a conclu des contrats pour l'achat de 60% de son carburant à 40 dollars. L'influence du cours du billet vert a également pesé pour 14 millions sur les résultats des six premiers mois. Le chiffre d'affaires a en revanche progressé de 11% par rapport à la même période de l'an passé, à 564,8 millions. Mais le développement du trafic n'a pas tout à fait suivi l'augmentation de la capacité de la flotte, qui s'est agrandie de cinq avions. Le taux moyen d'occupation des sièges est passé de 53 à 51%.

Les taux de chargement sont restés durant le premier trimestre nettement inférieurs aux prévisions, ajoute la compagnie régionale. Crossair a passé un très mauvais début d'année, avec des pertes dépassant plusieurs millions de francs sur deux mois. Janvier a été pénalisé par l'effet du passage à l'an 2000 sur les clients et il ne faut pas oublier les répercussions de l'accident du 10 janvier, qui a fait dix morts: la compagnie avait alors enregistré 800 réservations de moins que budgété. Les taux de chargement se sont ensuite améliorés, pour atteindre un niveau supérieur à celui de 1999 et plus élevé que prévu dans le budget, affirme la compagnie dans son communiqué. Les passagers qui sont passés par la plaque tournante «EuroCross» de l'EuropAirport Bâle-Mulhouse ont augmenté de 27%. Le volume des passagers charter a en revanche diminué de 16% après que deux avions ont été retirés de ce secteur. «Nous n'atteindrons pas notre objectif du bénéfice annuel annoncé en avril dernier de 50 millions de francs, précise Thomas Hofmann. Ce n'est plus réaliste. Nous ne donnons pas de nouvelles estimations, mais nous serons dans les chiffres noirs.» Il n'entre pas dans les détails du rachat par actions de l'activité de maintenance des réacteurs de Sulzer au début de cette année. «Le chiffre d'affaires n'est pas grand, il ne représente que quelques millions», ajoute Thomas Hofmann.

La compagnie a pris des mesures durant le premier semestre pour améliorer les résultats, qui devraient déployer leurs effets dans la seconde partie de l'exercice: optimisation du réseau de lignes, hausse des tarifs et abaissement des coûts. «Nous faisons des efforts pour mieux planifier les horaires de nos 1000 pilotes, mais ce n'est pas une chose facile», souligne Thomas Hofmann. Crossair a engagé un nouveau chef du personnel qui entrera en fonctions en octobre. En outre, les augmentations de salaires des pilotes pèseront environ 3 millions supplémentaires dans les chiffres du second semestre. L'arrangement trouvé en juin prévoit une hausse de 5 à 10% pour les copilotes et de 7 à 18% pour les commandants de bord selon les années de service. «Chiffrer l'augmentation de salaires est un signe lancé envers les pilotes, comme pour dire qu'ils ne devront pas avoir des exigences trop excessives à l'avenir», estime Dieter Wienet, analyste chez Pictet & Cie. Les négociations vont se poursuivre. L'actuelle convention collective de travail devrait être prolongée d'un mois. «Le processus est plus long que prévu, mais nous avons discuté longtemps avec l'Université de Saint-Gall, qui est chargée d'élaborer une nouvelle CCT», conclut Thomas Hofmann. Celle-ci devrait rendre son rapport dans les prochains jours. Ensuite, Crossair négociera avec ses pilotes.