Les turbulences que traverse la compagnie aérienne régionale Crossair, filiale du SAirGroup, se sont répercutées sur le bénéfice 1999. En retrait de 20% à 50,7 millions de francs, il demeure «considérable», selon Philippe Bruggisser, président du conseil d'administration. Cette année ne sera pas plus facile: le prix du carburant a augmenté de 115% en un an, le dollar a gagné plus de 20 centimes, les retards dus au contrôle aérien ont coûté 20 millions, la marge par passager au kilomètre («yield») a poursuivi sa chute à 37 centimes (contre 41 en 1998 et… 73 il y a dix ans), et l'augmentation du nombre des passagers n'a pas compensé celle de la capacité offerte. Reste qu'après deux premiers mois très mauvais, entachés du crash du 10 janvier et d'un conflit salarial avec le syndicat des pilotes, Crossair relève la tête: le premier trimestre affiche une hausse de 20% des passagers à 636 000, le mois de mars dégagera du profit et, selon nos informations, le bénéfice escompté pour l'an 2000 demeure très élevé, à 45 millions de francs.

Selon nos estimations, Crossair a connu un très mauvais début d'année, avec des pertes dépassant les 10 millions de francs sur deux mois seulement. Janvier, pénalisé par l'effet millenium, a aussi souffert des répercussions de l'accident du 10 janvier, qui a fait dix morts: la compagnie a enregistré 800 réservations de moins que budgété. Mais c'est surtout la cherté du carburant et du dollar qui a plombé les comptes – comme ceux de toute l'industrie. Février n'a que peu amélioré la situation, mais mars a vu un résultat qualifié, à l'intérieur de Crossair, de «sensationnel»: l'augmentation du nombre des passagers a totalement comblé une hausse de 30% de la capacité. Sur le seul marché français, la hausse des passagers atteint 68% pour une capacité supplémentaire de 64%. Les réservations sont en hausse de 24% pour avril et mai.

Pour enrayer la baisse du yield, Crossair appliquera le programme «Columbus» pour économiser 50 millions cette année. L'expansion en destinations sera stoppée, certaines lignes fortement déficitaires ont déjà été fermées (lire ci-dessous), certains investissements seront reportés et les charges opérationnelles réduites (elles ont déjà diminué de 55% en dix ans!).

Moritz Suter est revenu sur l'accident du 10 janvier, le conflit avec les pilotes et les accusations de négligence. «Il y a un avant et un après 10 janvier. Cette tragédie nous a marqués. Mais nous sommes sur la bonne voie. Nous avons un taux d'incidents (souvent très bénins) extrêmement bas, de 1,5‰ (avec 180 000 vols par an). Il ne faut pas les instrumentaliser. J'ai commandé un audit externe sur la sécurité, comme il y a neuf ans lors d'un premier conflit avec les pilotes.»

André Dosé, responsable des opérations, a reconnu que les pilotes entre cinq et dix ans d'ancienneté ont un salaire en dessous de la moyenne du marché. Une nouvelle offre a été faite aux syndicats: la troisième ronde de négociations doit débuter aujourd'hui (voir profil de Mauricio Botelho, p. 31).