Kaspar Villiger n'était pas au courant d'une opération d'espionnage menée par des services de renseignement étrangers via l'entreprise zougoise Crypto. L'ancien ministre de la défense a réitéré samedi sa position, suite à de nouvelles révélations dans la presse. Tiana Angelina Moser, la présidente de commission de politique extérieure (CPE) qui empoignera l'affaire Crypto la semaine prochaine, met en garde contre toute conclusion hâtive.

«Je n'étais au courant ni de l'opération, ni du rôle de la CIA ou celui du service de renseignement allemand (BND), ni des manipulations de Crypto AG», affirme Kaspar Villiger dans une prise de position transmise à Keystone-ATS. «Aurais-je reçu ces informations, je ne les aurais pas cachées. J'aurais averti le Conseil fédéral.»

L'ancien ministre a réitéré sa position suite à de nouvelles révélations dans les journaux du groupe Tamedia. Ceux-ci mentionnent l'existence d'une note confidentielle interne du Conseil fédéral l'impliquant. Il s'agirait d'un document de prise de position signé par Viola Amherd et envoyé à ses collègues du gouvernement le 17 décembre 2019.

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L'actuelle cheffe du Département de la défense (DDPS) y relaterait une discussion avec le directeur du Service de renseignement de la Confédération. Jean-Philippe Gaudin lui aurait indiqué avoir trouvé des documents d'archive indiquant que Kaspar Villiger «était informé». Aucun détail sur la nature et le contenu des éléments découverts n'est cependant donné.

Conclusions du juge attendue

L'ancien ministre radical affirme ne pas avoir connaissance d'une telle note de discussion. Quant au DDPS, il ne commente pas la fuite de documents confidentiels. Il refuse aussi d'indiquer s'il est en contact avec M. Villiger.

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Le DDPS se contente de rappeler que le juge Niklaus Oberholzer a été mandaté pour enquêter. Le Conseil fédéral attend ses conclusions, ainsi que celles de la Délégation des commissions de gestion du Parlement.

Collaboration

Dans sa prise de position de samedi, Kaspar Villiger répète également que la discussion tenue à l'époque avec son collègue de parti et ancien membre du conseil d'administration de Crypto, Georg Stucky, portait sur l'enquête alors en cours de la police fédérale contre Crypto. Et «en aucun cas sur les activités de la CIA et du BND».

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«Ce n'est pas quelque chose qu'on oublie, même un quart de siècle plus tard», souligne l'ancien conseiller fédéral. Il précise par ailleurs qu'il collaborera «sans retenue et de manière constructive avec les organes d'investigation».

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Tout ce qu'il sait de l'affaire Crypto, il le sait grâce à l'émission Rundschau de la télévision alémanique, a-t-il encore insisté. Cette dernière a révélé que la CIA et le BND auraient, durant des dizaines d'années, intercepté des milliers de documents de plus de 100 pays via les appareils de chiffrement de l'entreprise Crypto.

Tiana A. Moser met en garde contre toute conclusion hâtive

La commission de politique extérieure (CPE) empoignera l'affaire Crypto la semaine prochaine. Sa présidente, Tiana Angelina Moser, met toutefois en garde contre toute conclusion hâtive.

«Nous n'avons pas de crise étatique pour le moment», a poursuivi la Zurichoise. Les institutions suisses fonctionnent. Elles doivent maintenant faire en sorte que le cas soit examiné en détail. «Expédier le dossier serait une faute». Les commissions de gestion sont déjà en train de plancher sur le sujet. Mme Moser dit leur faire confiance.

Moralement répréhensible

Les révélations des journalistes doivent être prises au sérieux, a encore souligné la présidente de la CPE. Pour l'instant, elle n'est au courant d'aucune réaction d'autres Etats vis-à-vis de ces recherches. Jusqu'à présent, l'histoire concerne surtout la politique intérieure. Mais la situation peut changer.

La Suisse n'a pas toujours été exemplaire par le passé en matière de neutralité, a rappelé la députée. Et de donner en exemple le rapport Bergier, les contacts avérés avec le régime apartheid en Afrique du Sud ainsi que les avoirs investis par des despotes en Suisse.

Les modèles de gestion mis en lumière actuellement sont moralement très répréhensibles, a dénoncé Mme Moser. Il serait injustifiable de les taire d'une manière ou d'une autre.