Innovation

Des cryptofrancs pour rassurer les investisseurs

Plusieurs start-up ont créé des cryptomonnaies basées sur le franc pour assurer une meilleure stabilité que le bitcoin dont les cours restent volatils. La BNS garde un œil, mais ne veut pas donner l’impression d’y être associée

C’est la nouvelle cryptotendance: les stablecoins (monnaies numériques stables). Par opposition au bitcoin et autres cryptomonnaies, dont les cours fluctuent de façon spectaculaire, cet autre genre de cryptodevises est adossé à des monnaies fiduciaires considérées comme stables.

Il existe déjà plusieurs centaines de stablecoins, dans diverses monnaies, créées par des particuliers ou des banques, la plus connue et la plus utilisée étant le TetherUSD. Pour faire simple, l’entreprise qui l’a lancée assure que chaque tether (ou jeton) vaut un dollar. Le cours varie en fonction de celui du billet vert dont il est une représentation numérique sur la blockchain. Désormais, le franc suisse aura lui aussi ses cryptorépliques. Trois sociétés basées dans le canton de Zoug ont annoncé ou lancé des projets depuis fin octobre.

Accélérer les applications

Les formes peuvent différer, chacune des solutions étant sensiblement différente dans sa conception et son fonctionnement, mais le but recherché est le même: faire disparaître la volatilité, qui complique le paiement des services liés à la blockchain, et ajoute un élément de risque. Beaucoup s’intéressent à cette dernière, mais ils sont rebutés par les fluctuations des cryptomonnaies, explique Armin Schmid, directeur général de Swiss Crypto Tokens. Cette filiale de Bitcoin Suisse vient de lancer le XCHF, qui devrait «aider à l’adoption plus large de la blockchain» et qui a été créée via l’émission d’une obligation sur la blockchain ethereum.

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Swiss Crypto Tokens n’est pas seule. Smart Valor a annoncé qu’elle lancerait le CHFt l’an prochain. Cette autre société zougoise construit une place de marché décentralisée pour les investissements «tokénisés», c’est-à-dire dont la propriété est enregistrée sur la blockchain et échangeable sous forme de jetons (tokens). Le CHFt devra servir de «boost de confiance». «Etre basée sur le franc permettra à cette cryptomonnaie d’éviter les craintes liées à la volatilité des monnaies et pourra être utilisée comme un moyen de paiement ou de transfert d’argent simple», explique Peter Ruchatz, en charge de la croissance de la plateforme de Smart Valor. 

En outre, cette monnaie fonctionnera via des partenariats avec des banques et d’autres acteurs. «En construisant un réseau d’émetteurs indépendants du stablecoin en franc suisse, nous nous assurons que la faillite d’un seul émetteur ne conduise pas à celle du CHFt puisqu’il sera accepté par tout le réseau», explique Olga Feldmeier, sa fondatrice et directrice. Le coin devrait être lancé d’ici au deuxième trimestre de 2019.

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A travers notre stablecoin, nous utilisons la blockchain pour offrir un compte en francs à des clients qui veulent un instrument de réserve de valeur et du Swiss made

Yassine Ben Hamida, le fondateur d’Alprockz

Rockz est arrivé quelques jours plus tard et devrait être lancé avant la fin de l’année. Les détenteurs de bitcoins peuvent vendre leurs cryptomonnaies et acheter des rockz, dont la valeur est adossée à celle du franc. En pratique, détenir un rockz revient à détenir un droit sur des francs. «A travers notre stablecoin, nous utilisons la blockchain pour offrir un compte en francs à des clients qui veulent un instrument de réserve de valeur et du Swiss made», résume Yassine Ben Hamida, le fondateur d’Alprockz.

L’entreprise zougoise vise l’Asie, mais aussi les pays sans accès généralisé aux services bancaires ou souffrant d’une forte inflation. «Des partenariats avec des opérateurs téléphoniques sont également prévus, afin de permettre l’achat d’actifs plus stables depuis un téléphone mobile», poursuit l’ancien banquier passé par UBS, Credit Suisse et Julius Bär. Sa start-up génère des revenus lors de l’émission des rockz et lorsqu’un client sort du stablecoin (chaque opération donne lieu à une commission de 0,1%). Alprockz compte aussi lancer une carte de crédit qui permettra de payer en utilisant des rockz, et fournira un service de garantie interbancaire.

Inspirer confiance

Tout l’enjeu des stablecoins est d’inspirer confiance. «Comment prouver qu’il y a vraiment un franc suisse en dépôt pour chaque token émis? se demande Antoine Verdon, entrepreneur et investisseur. Il y a quelques acteurs sérieux derrière Swiss Crypto Token (Bitcoin Suisse) et Rockz (Swisscom), mais il sera difficile à des acteurs isolés de s’établir sans l’appui et la garantie d’une banque d’une certaine taille.» C’est d’ailleurs l’objectif de SmartValor, qui discute avec plusieurs banques qu’elle ne peut pas encore mentionner pour l’instant.

Comme la monnaie scripturale

Qu’en dit la Banque nationale suisse (BNS)? Surtout qu’elle ne souhaite pas être associée à ces projets et donner l’impression qu’elle soutient ces monnaies comme c’est son rôle pour le franc. «Le public ne doit pas avoir l’impression qu’une institution étatique – et notamment la banque centrale – se tient derrière la cryptomonnaie concernée. Les émetteurs de stablecoins, qui visent un cours fixe par rapport au franc, ont eux-mêmes la responsabilité de tenir cet engagement», affirme un porte-parole.

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Pour l’heure, l’institution juge que «les cryptomonnaies rattachées au franc constituent jusqu’ici un phénomène marginal». Elles «représentent une créance vis-à-vis de l’émetteur, et non vis-à-vis de la BNS, malgré le rattachement à notre monnaie. C’est pourquoi elles sont comparables, selon la forme qui leur est donnée, à un dépôt auprès d’une banque, et donc à de la monnaie scripturale.» Pour la banque centrale, «les questions que soulèvent les stablecoins ont donc trait avant tout à la protection des investisseurs et des consommateurs, comme c’est le cas pour les cryptomonnaies non rattachées à une monnaie officielle».

Collaboration: Sébastien Ruche

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