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Les cryptomonnaies à l’assaut des produits structurés

De nouvelles formes d’investissement dans la cryptofinance se développent, souvent à l’initiative des banques. Elles restent pour l’instant cantonnées au bitcoin et ne sont pas sans risques

Les cryptomonnaies commencent à peine leur développement financier. Le nombre de monnaies prolifère et des produits dérivés – des contrats à terme – ont été lancés aux Etats-Unis. En parallèle, des banques ont commencé à proposer des produits structurés, en Suisse en particulier, pour les investisseurs qui voudraient miser sur ces nouveaux actifs dont la progression a été spectaculaire l’an dernier – un peu moins depuis – sans devoir les acheter. Ce qui peut paraître paradoxal pour des monnaies qui se positionnent justement en dehors du système financier traditionnel et qui sont simples à acquérir. Du moins, contrairement aux actions, qui ne nécessitent pas de compte bancaire. Il suffit de télécharger un portefeuille numérique (wallet).

Protection contre les hackers

Pour Antoine Verdon, entrepreneur et investisseur, «on est en train de répliquer certains mécanismes issus de la finance traditionnelle et de les transposer dans le domaine crypto. Cela peut avoir différents objectifs, comme permettre à des gens qui ne souhaitent pas s’y aventurer de bénéficier de leur développement ou de couvrir les investissements contre certains risques, comme la volatilité.»

Plusieurs banques suisses ont tenté de se profiler dans ce créneau, presque toutes en se présentant comme «la première» à lancer un type de produits précis. Parmi elles, Vontobel en compte déjà une poignée. Il existe notamment deux certificats de participation cotés en bourse: l’un sur le bitcoin et l’autre sur le bitcoin cash. La logique est simple, s’exposer à la hausse espérée du cours de la plus importante cryptomonnaie sans devoir l’acheter directement.

En octobre dernier, la banque zurichoise spécialiste des produits structurés a également mis au point un tracker open end, c’est-à-dire un certificat de participation sur le bitcoin avec une durée illimitée. L’argument? Avec un certificat, «vous ne courez pas le risque de perdre vos bitcoins à la suite d’attaques de hackers, des problèmes techniques, une mauvaise manipulation ou au défaut du dépositaire de bitcoins», explique un communiqué. En échange, les investisseurs doivent s’acquitter d’une commission de gestion de 1,5% par an. Le prix du certificat est déterminé par le taux de change bitcoin/dollar et les bitcoins sont négociés auprès de trois bourses (CoinBase, Kraken Bitcoin et Bitstamp). Enfin, Vontobel compte cinq «Short Mini Future», qui permettent de parier sur une baisse du bitcoin avec un effet de levier. En 2017, ces produits cotés en bourse ont enregistré un volume d'environ 330 millions de francs. Pour l'instant, la banque se concentre sur le bitcoin qui reste la monnaie la plus échangée, mais elle s'intéresse à d'autres devises, notamment l'ether.

Avec du levier

Leonteq dispose aussi d’un tracker. Swissquote a de son côté développé un certificat à gestion active sur le bitcoin coté à la bourse suisse. Sa particularité est de compter un algorithme basé sur l’apprentissage automatique qui anticipe l’évolution du prix du bitcoin en collectant des informations de plusieurs sources (moyenne des changements, volatilité, sentiment de marché, etc.) et adapte ainsi le porte-monnaie. Pour réduire la volatilité, le produit peut réduire la proportion de bitcoin – qui doit cependant au moins représenter 60% du portefeuille – et augmenter la part de dollar. «Notre stratégie est construite de manière à pouvoir limiter la volatilité en augmentant la part des devises traditionnelles au cours des périodes d’incertitude et de repli», explique Peter Rosenstreich, responsable de la stratégie de marché chez Swissquote. La banque en ligne ne donne pas de chiffres sur les montants investis dans ce certificat, mais se dit «contente» des volumes traités. Elle n’exclut pas la création de certificats sur d’autres monnaies mais se concentre pour l’instant sur le courtage direct.

Ces développements ne sont pas sans danger pour les utilisateurs, prévient Antoine Verdon: «En créant des produits structurés sans valeur sous-jacente, on s’éloigne des principes de la blockchain et on crée un risque pour les utilisateurs: les futures sur le bitcoin ne sont pas couverts, comme une grande partie des investissements en or ne le sont pas non plus.»

Dossier
De la blockchain aux monnaies virtuelles

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